Province de Namur Province de Namur

Exposition "Half en half"

Bernard Villers, du 13 mars au 22 avril


Secteur Arts Plastiques/Expositions

Contact : Jean-Michel François

Maison de la Culture de la Province de Namur
Avenue Golenvaux, 14
5000 NAMUR
Tél. : 081 77 67 73
Fax : 081 77 69 59 
Courriel : arts.plastiques@province.namur.be

Bernard Villers Une collection, réunion de monochromes, techniques diverses, 2000/2009, Marchin. © Daniel Dutrieux

HALF EN HALF - BERNARD VILLERS
Du 13 mars au 22 avril 2010, à la Maison de la Culture de la Province de Namur
 
En parallèle à leur exposition personnelle à l’étage, Bernard Villers et Pierre Toby présentent conjointement leurs travaux dans l’espace du hall. Afin d’en savoir plus sur cette collaboration, nous leur avons posé quelques questions.

Interview de Bernard Villers

Bernard Villers, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Il y a deux choses qui m’ont encouragé à faire de la peinture : quand j’étais enfant, j’habitais près de la forêt de Soignes et j’aimais faire des gouaches inspirées par la forêt. Un jour, j’ai montré cela à mon père qui les a fait encadrer. J’ai eu l’impression que c’était une sorte d’encouragement. Il y a ensuite mon oncle, peintre1, qui m’a beaucoup encouragé quand je suis entré à la Cambre.

À cette époque, j’étais plutôt littéraire et j’ai découvert la peinture moderne à travers la littérature. Je lisais un poème d’Apollinaire dédié à Picasso ou inspiré par la peinture de Delaunay et je découvrais en même temps ces artistes. Pourtant, à partir du moment où j’ai fait de la peinture, je me suis toujours efforcé de ne pas être illustratif. La littérature reste très importante pour moi. Je suis un grand amoureux de Georges Perec, par exemple. Je trouve intéressant sa manière de répéter, de faire des énumérations, de jouer avec les mots comme on peut jouer avec des formes ou des couleurs. Ce n’est pas une influence directe mais c’est plutôt comme si je trouvais chez cet auteur des méthodes de travail et de réflexion. Un des peintres qui m’a complètement bouleversé et fait découvrir l’abstraction, c’est Kurt Schwitters. Je ne connaissais rien aux dadaïstes, je les ai découverts via l’anthologie des poètes dada que m’avait prêtée un ami. C’est dans cette anthologie que j’ai remarqué les collages de Schwitters et que j’ai commencé moi-même à en réaliser. Mais là, je suis encore loin de ce que je fais aujourd’hui. J’ai mis plus de temps à découvrir l’art contemporain.
J’ai eu Jo Delahaut2 comme professeur à La Cambre. Il a été un peu un guide pour moi. J’ai été son sérigraphe. Son travail m’a encouragé dans une certaine voie. À l’époque, j’étais plutôt héritier d’une tradition constructiviste. Mes maîtres étaient Malevitch et Mondrian. Ce qui a bousculé tout cela, c’est la découverte tardive des abstraits américains. Ce qui me semblait intéressant chez eux, c’est que la facture de leur oeuvre était presque un objectif en soi. Ils estimaient qu’une œuvre était achevée lorsqu’ils pensaient avoir exprimé quelque chose. Dans une tradition européenne plus construite, il y a un souci de la finition, du bien-faire ; c’est beaucoup plus contrôlé. En fait, je m’embêtais un peu à peindre des surfaces unies, contrôlées, bien délimitées etc. Les Américains m’ont permis de peindre de manière plus libre. C’est à ce moment là que j’ai commencé les monochromes. Dans les monochromes, pas de limite, je peux aller all over, étendre ma couleur sans idée de composition ou d’harmonie. Je ne fais pratiquement plus que des monochromes mais dans une vision qui est très polychrome (c’est-à-dire que dans une même série, les monochromes sont de couleurs différentes. C’est une palette.)

Qu’allez-vous présenter à la Maison de la Culture ?

J’ai envie de montrer deux types de travaux qui, en apparence, sont très différents mais qui pour moi offrent un point commun. Il y a une série que j’appelle « Iris descend ». C’est un jeu de mots sur l’iridescence. Iris est la déesse qui symbolise la lumière, l’arc-en-ciel qui descend parmi nous. Ce sont des peintures dans lesquelles les choses se réfléchissent. Comme j’utilise une vitre, il y a un effet miroir auquel vient s’ajouter un effet plus complexe qui est celui de l’interférence. En fait, je peins sur des panneaux avec des pigments qui sont iridescents. Ce qui fait que, suivant la position qu’on occupe dans l’espace, la couleur est différente. Une fois que j’ai recouvert ces panneaux de cette couleur nacrée, je profite du fait qu’elle n’est pas encore sèche pour appliquer une vitre. S’ajoute ainsi le phénomène d’interférence à l’effet miroir. Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est que le spectateur est actif, il est invité à se déplacer. Pour paraphraser Marcel Duchamp, c’est nous, spectateurs, qui faisons l’oeuvre.

Bernard Villers vRecto/Verso, 2 panneaux peints, tempera, 2009, exposition chez Marijke Schreurs.

Recto/Verso, 2 panneaux peints, tempera, 2009, exposition chez Marijke Schreurs.

C’est le seul point commun avec l’autre série que j’aimerais montrer. Il s’agit de monochromes. Ce sont des peintures en général à la tempera, c’est-à-dire à l’oeuf, qui sont appliquées sur des toiles, des fibres de verre ou des papiers marouflés sur bois. Ce qui est particulier, c’est qu’il s’agit de trapèzes rectangles et non de parallélogrammes. Un trapèze rectangle a deux angles droits, un angle aigu et un angle obtus. Quand je peins, je peins sur un parallélogramme. Je fais ensuite une découpe légèrement oblique sur toute la longueur d’un des côtés. La bande que j’obtiens ainsi, je la réutilise en la reportant au dos. Elle va ainsi déterminer une certaine inclinaison de la peinture. Ce n’est donc plus un parallélogramme mais un trapèze rectangle. À première vue, ces peintures ont l’air très sages mais le fait que le plan de celles-ci ne soit plus parallèle au mur crée une espèce de malaise et d’indécision. On est invité à voir le profil de ces peintures et à constater qu’elles décrochent par rapport au mur, qu’elles sont en saillie. Ce travail invite à nouveau au déplacement…

Dans le hall vous exposez avec Pierre Toby, connaissiez-vous son travail auparavant ? De quelle manière envisagez –vous cette collaboration ?

Nous nous étions déjà vus. Je connaissais un peu son travail. J’avais vu des grandes pièces de Pierre Toby au Grand Hornu. Nous étions ensemble dans un cours du soir de sérigraphie, il y a trois ans. Nous avions sympathisé mais, comme nous étions tous les deux absorbés par notre travail, nous n’avons pas beaucoup discuté. Je pense que l’on va bien fonctionner ensemble. Nous avons des préoccupations communes. Le titre de cette exposition à deux est « Half en half ». J’ai envie de proposer quelque chose sur le pliage qui est un thème que j’ai beaucoup travaillé dans mes petits livres. Notre idée
est de réagir par rapport à ce que l’autre va faire, comme au tennis ou au ping-pong. Il y a une espèce de jeu de questions-réponses. Mais en même temps on a aussi envie de rester indépendant. On a également envisagé quelque chose en rapport avec le lieu. Au fond, ce sont plus des questions qu’on se pose et qu’on adresse au public.

L’ exposition de Bernard Villers, organisée par le Service de la Culture de la Province de Namur, est accessible ,tous les jours, de 12 à 18 heures, sauf les 4 et 5 avril.
Télécharger le dossier pédagogique

1 Une exposition de Thierry de Villers s’est tenue
à la Maison de la Culture du 21 janvier au 26 février
2006

2 La prochaine exposition de la Maison de la Culture sera consacrée à Jo Delahaut (du 15 mai au 27 juin 2010). 

Illustration du haut de la page : Une collection, réunion de monochromes, techniques diverses, 2000/2009, Marchin. © Daniel Dutrieux


 


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