Province de Namur Province de Namur

Expositions Arbre(s)

du 13 septembre au 31 décembre


Musée provincial Félicien Rops
Contact : Véronique Carpiaux

Rue Fumal, 12
Tél. : 081 77 67 55 

Maison de la Culture
Contact : Jean-Michel François

Avenue Golenvaux, 14 
T. : 081 77 67 73


ARBRE(S) cf. Emmène-mois n° 126

Du 13 septembre au 31 décembre 2008, au Musée Provincial Félicien Rops et à la Maison de la Culture de la Province de Namur


Poétiques, surprenantes, ludiques… les qualificatifs ne manquent pas pour définir les œuvres contemporaines présentées à la Maison de la Culture de Namur. Voici quelques mots sur leurs auteurs.

Charley Case

Né en 1969 à Bruxelles, Charley Case est un jeune artiste polyvalent qui pratique autant le dessin que la photographie, la vidéo que l’installation. Graphiste de formation, il s’est d’abord fait connaître par une série de dessins à l’encre dans lesquels il a développé une calligraphie personnelle constituée d’une farandole de silhouettes humaines. Il expérimente également d’autres techniques mais toujours dans un souci de sonder le genre humain. Il réalise, par exemple, des installations sur la solitude, des tableaux-vidéos où il revisite le thème de la maternité ainsi que des performances qui questionnent nos conditionnements affectifs. Les nombreux voyages qu’il a effectués de par le monde ont nourri ce travail protéiforme où se côtoient symboles archaïques et mythologies anciennes. Pour cet artiste, « citoyen du monde, libre et nomade », l’art est un formidable point de rencontre entre différentes cultures. L’ouverture permanente à des influences diverses alimente une œuvre au propos universel et poétique.

Rodney Graham

Avec Jeff Wall, Ian Wallace ou Ken Lum, Rodney Graham (1959, Abbotsford, Canada) fait partie de cette génération d’artistes qui émerge au Canada durant les années septante. Associé à l’école de Vancouver, il reconduit les procédés de l’art conceptuel via la pratique de la photographie. Loin de se tenir à une discipline unique, Rodney Graham multiplie les incursions dans différentes formes d’expression. Musique, installations ou écriture viennent diversifier sa pratique artistique. Sa réflexion est constamment enrichie par des emprunts à la philosophie, la sociologie, la psychanalyse ou la littérature. Une démarche complexe qui culmine avec son principe d’annexion d’œuvres existantes. Il va, par exemple, ajouter quelques mesures au Parsifal de Wagner, reprendre les chansons de Kurt Cobain avec un orchestre ou compléter l’œuvre minimaliste de Donald Judd.
D’une façon générale, ses oeuvres analysent, avec humour et acuité, les grands mythes du XXe siècle et dénoncent tout processus de construction de la réalité.

Alexandre Hollan

Né à Budapest en 1933, Alexandre Hollan vit et travaille à Paris depuis 1956. Son œuvre s’inscrit en marge des courants et des modes qui ont traversé le XXe siècle. Il dessine et peint presque exclusivement des natures mortes, surtout des arbres mais aussi des visages. À partir des mêmes modèles qu’il retravaille selon des techniques différentes (gouache, fusain…), il développe une œuvre de perception où l’œil apprend à regarder différemment. Sa conception de l’art s’accompagne d’une certaine philosophie dont il rend compte dans plusieurs ouvrages. Dans cette communion avec le sujet qu’il peint, il tente de surprendre la présence évanescente derrière l’objet.

Nathalie Joiris

Formée à la sculpture monumentale de l’École Nationale Supérieure des Arts Visuels La Cambre et à l’architecture à l’East London University, Nathalie Joiris (1964, Ixelles) aime à investir l’espace de façon imposante. Son travail se singularise par une certaine monumentalité et l’intégration de végétaux vivants. À travers la mise en situation du végétal, elle s’interroge sur l’homme et son rapport au monde. Son travail joue pleinement la carte allégorique et s’impose autant par ses qualités techniques et esthétiques que par sa faculté à nous faire réfléchir. Un autre versant de son travail consiste en l’élaboration de simulations par ordinateur qui lui permettent de créer virtuellement des œuvres difficilement transposables dans la réalité.

Giuseppe Penone

S’il est un artiste qui a tout particulièrement travaillé l’arbre, c’est bien Giuseppe Penone (1947, Garessio). Fils d’agriculteur, élevé dans une ferme, Penone n’a jamais voulu rompre le contact avec la nature. Après des études de sculpture, il intègre en 1968 le mouvement de l’Arte Povera. Il continuera de privilégier les matériaux pauvres, et tout particulièrement le bois, dans une démarche personnelle qui laisse une grande place au sensoriel. Il développe ainsi un travail de sculpture qui se déploie en différentes séries (Les arbres, Les empreintes, Les souffles etc.). Ces compositions mettent à jour le lien intemporel qui lie l’homme à la nature, dans une démarche d’une grande poésie qui fait l’objet d’une reconnaissance internationale.

Antoine Petitprez

Antoine Petitprez est né en 1961 à Loos-lès-Lille. Après des études à l’École d’art de Cambrai, il poursuit une pratique artistique qui prend d’abord la forme du collage et de la vidéo. Il s’adonne ensuite à la photographie qui deviendra son véritable matériau de prédilection. Son travail s’organise par séries. Espaces désertiques, corps humains, mannequins, poules… sont les sujets a priori banals de ses photographies. Il les transfigure par la prise de vue ou le cadrage pour en offrir un point de vue inédit. Avec cette volonté de réaliser une photographie qui « dépasse son propre référent et qui trouve d’autres échos, d’autres résonances », Petitprez convoque notre imaginaire de façon surprenante. Les séries qu’il a consacrées à l’arbre (Conifères, Alberi) s’inscrivent également dans une réflexion sur le sujet et l’objet.

Jean-Pierre Pincemin

Peu intéressé par l’école, Jean-Pierre Pincemin (1944, Paris) se forme, de façon autodidacte, à la peinture en la découvrant au Louvre. Il travaille d’abord en tant que tourneur dans l’industrie mécanique de précision, avant de s’adonner complètement à l’art. Exploitant différents médiums (gravure, sculpture, peinture), il mène des expérimentations sur la couleur et le support, par exemple en trempant différents matériaux dans divers colorants. En 1971, l’artiste rejoint le mouvement Support-Surface. Son travail connaît plusieurs phases et devient davantage figuratif vers la fin de sa vie, avec notamment une série de peintures et d’estampes sur le thème de l’arbre. La carrière artistique de Pincemin témoigne de l’évolution d’un artiste en perpétuel questionnement, qui s’affirme dans la recherche et l’expérimentation. Il décède à Arcueil, en 2005.

Éric Poitevin

Éric Poitevin est né en 1961 à Longuyon. Il vit et travaille à Mangiennes. Les portraits d’anciens combattants de la guerre 14-18 qu’il réalise en 1985 lui apportent déjà une certaine notoriété. Grand Prix du jeune talent du Ministère de la Culture en 1988, il séjourne à la Villa Médicis entre 1989 et 1990.
Il exécute plusieurs séries sur des sujets très différents avec une préférence pour les natures-mortes. La Meuse devient son lieu d’élection. Des images de papillons épinglés aux portraits de chasse où il met en scène une proie fraîchement abattue, l’ensemble de ses images mêle force esthétique à des préoccupations purement photographiques (cadrage, lumière, format, tirage …)

Jean-Pierre Ransonnet

Jean-Pierre Ransonnet est né à Lierneux en 1944. Il sort diplômé en peinture et arts décoratifs de l’Institut Saint-Luc à Liège en 1968. Dès le début, il convoque ses souvenirs d’enfance dans un travail de mémoire. L’exploration de son passé se fait, notamment, par la relation entre le texte et l’image. Il confronte aussi différents points de vue en utilisant des médiums très différents (vidéo, photographie, écriture, etc.) Ses préoccupations sont proches de celles du groupe CAP (Cercle d’Art Prospectif) qu’il rejoint dès 1974 et jusqu’à sa dissolution, en 1978. Par la suite, il se concentre davantage sur la peinture qu’il pratique dans un style expressif et spontané. Le paysage ardennais inspire une nouvelle fois ce travail. Dans ses œuvres récentes, la présence de la figure humaine au sein d’un univers naturel évoque le lien entre l’homme et la nature.

Dans le hall, Luc D’Haegeleer présente son exposition « Portraits d’arbres ». Nous l’avons interviewé à ce sujet.

- Comment vous est venu le projet « Portraits d’arbres » ?

Progressivement. Je photographiais régulièrement ce groupe de châtaigniers, à l’occasion des vacances. Je trouvais le sujet trop anecdotique pour être montré. À force de sillonner les régions voisines, je me suis rendu compte qu’une telle concentration d’arbres si particuliers était chose rare et je me suis demandé pourquoi. Là, l’aspect historique et donc documentaire de mon travail, a fait son apparition. Au début des années nonante, les derniers troupeaux de vaches et de chèvres ont cessé de passer et de nettoyer le sous-bois. J’ai vu disparaître et mourir très rapidement ces châtaigniers multi-centenaires, sous la végétation parasite. Leur symbiose passée avec l’homme, l’inscription de ce lien dans leur aspect, cette disparition soudaine et mon histoire personnelle avec eux, m’ont semblé faire sujet.

- L’arbre est un motif particulièrement apprécié des photographes et des artistes, en général. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce sujet et comment avez-vous décidé de l’aborder ?

Je suis né à la campagne. Les journées, ça se passait dehors. Le terrain de jeux c’était la nature. Je n’ai pas été attiré par le sujet, il fait partie de moi. Pour compléter le tableau, je suis agronome des eaux et forêts de formation. J’aborde bien d’autres sujets que celui de l’arbre, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est la photographie elle-même. De ce point de vue, outre le fait que je le connais bien, l’arbre offre une très grande variété de formes, de couleurs, de textures, de transparences et d’accroches de la lumière suivant l’heure et les saisons, de liens avec l’histoire, les mythes et l’art, bref, tout ce qu’il faut pour fabriquer du sens, de l’imaginaire et de la beauté. L’arbre est plus qu’un joli objet posé dans le paysage. Pour ma part, c’est toujours une présence, forte et particulière. C’est ce que je voudrais faire ressentir au spectateur.

- Pourquoi avoir intitulé votre série « Portraits d’arbres » ? Faites-vous un rapport entre l’homme et le végétal ?

Pour révéler cette présence, l’approche du « portrait-document » me semble la plus adéquate. Moyen format, noir et blanc, prise de vue frontale sur pied. Le sous-bois comme studio, effacement de l’opérateur… Nous sommes liés à la vie à la mort au végétal. C’est le végétal qui nous fait chimiquement mais qui a aussi historiquement structuré nos sociétés. L’homme n’est toujours qu’un élément de la pyramide alimentaire et la nature se fiche qu’on existe ou pas. On l’oublie parce que notre monde est compliqué. Les sociétés traditionnelles avaient inventé des rituels pour rappeler constamment ce lien, cette dépendance.

- Quelle place le genre de la nature morte occupe t-il dans votre travail ?

Témoigner de l’état de la nature, la rendre à nouveau visible est un des rôles que l’artiste a peut-être à jouer, humblement, dans le comblement de cet oubli. La nature m’apaise, j’y vais souvent, avec mon appareil photo.

Aux « Portraits d’arbres » de Luc D’Haegeleer succéderont, du 22 novembre au 28 décembre 2008, les séries « Chaos » et « Morte-nature » de Michel Cleeren qui nous explique sa démarche.

- Votre exposition présente « Chaos » et « Morte-nature », deux séries a priori fort différentes. Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse de ces deux projets ?

« Chaos » est un constat de la place laissée à la nature et à l’arbre, en particulier, dans des projets d’urbanisation sauvage de la côte espagnole. Au-delà des images se pose le problème des choix que nous opérons par rapport à l’environnement et à la gestion de notre patrimoine naturel. La contradiction entre ces espaces aménagés soi-disant pour les loisirs et le
bien-être et la gestion de la nature présente avant les travaux, est édifiante.
Ce travail correspond à une démarche de reportage, à une prise de position.

La série « Morte Nature » se situe dans la lignée des images que je réalise habituellement.
Dans cette série, la nature sert de révélateur à des sentiments, des impressions profondément enfuis et elle permet de les matérialiser à la surface du papier photographique.
Ces images ne sont, en quelque sorte, pas très éloignées de l’autoportrait.

- Quelle est votre façon de travailler?

Dans la série « Chaos » les prises de vues sont réalisées au moyen format 6x6, alors que dans la série « Morte Nature », j’ai utilisé un Sténopé. Il s’agit, en fait, de l’appareil photo le plus élémentaire qui existe. Il ne comporte pas d’optique. C’est une simple boîte en bois, munie d’un petit trou sur la face avant, qui permet à la lumière d’impressionner le film. Vu le peu de luminosité pénétrant dans l’appareil, les temps de poses sont très longs. Ne possédant pas d’optique, les images manquent de netteté, mais ont, paradoxalement, une grande profondeur de champ.

Au niveau du tirage, les négatifs sont scannés et tirés avec des encres aux pigments de charbon. Il s’agit d’une technique appelée « piezzographie », qui donne des nuances de gris très riches et une conservation optimale.

- Pourquoi avoir choisi le noir et blanc ?

Je travaille exclusivement en noir et blanc. Entre le noir et le blanc, il y a une infinité
de nuances de gris. Une richesse que, personnellement, je ne retrouve pas dans la couleur.

- Que présentez-vous à la Galerie Détour ?

À la galerie Détour, je présente des extraits de cinq séries d’images réalisées entre 2000 et
2008. Il s’agit d’images qu’on pourrait qualifier de « Paysages intérieurs ». La dernière série qui a pour titre « Imago », a été réalisée au format panoramique.

L’influence de la lumière sur les objets et sur les corps m’a toujours fascinée. Déjà, enfant, je découpais des images dans les albums de famille, à la plus grande joie de mes parents d’ailleurs. Je créais ainsi des collages qui correspondaient mieux à mes attentes que les images du quotidien. Ce besoin d’exprimer mes images intérieures ne m’a jamais quitté.

Ce que l’image montre ne m’intéresse pas outre mesure, c’est ce qu’elle évoque, ce qu’elle suggère qui me transporte ou me laisse indifférent. L’image me parle plus lorsqu’elle est miroir plutôt que fenêtre.

Vernissage : le 21 novembre, à 18 heures 30.

L’exposition « Arbre(s) » présentée au musée Rops jusqu’en décembre 2008 a cette particularité qu’elle se scinde en trois thématiques distinctes, toutes en lien avec l’œuvre de l’artiste namurois. Dans une première salle, arbres du bien et du mal, arbres de vie, arbres d’amour, arbres de Jessé étendent leurs branches en tous les sens. Une seconde salle arbore des arbres peints par des artistes du XIXe siècle, avec toute la charge émotionnelle que l’on peut retrouver chez ces peintres. Ensuite, une section est consacrée aux relations entre les femmes et les arbres : hamadryades, nymphes, Daphné, mères perchées dans des arbres. Toutes ont une relation avec l’arbre, qu’elle soit intime ou sexuelle.
Artistes exposés : Bosch, Dürer, Carrière, Chagall, Corot, De Morgan, de Saedeleer, Degouve de Nuncques, Khnopff, Lebrun, Matisse, Maréchal, Moreau, Mossa, Privat-Livemont, Rops, Rembrandt, Segantini, Spilliaert, Van den Abeele

Nous avons posé quelques questions aux auteurs du catalogue… Une vision originale des thèmes de l’exposition s’en dégage.

B.B. : Bernard Bousmanne, conservateur du Cabinet des manuscrits, Bibliothèque royale de Belgique.
D.L : Denis Laoureux, professeur d’histoire de l’art à l’Université Libre de Bruxelles.
L.B : Laurence Brogniez, professeur de philologie romane aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix, Namur

- Avant cette exposition « Arbre(s) », aviez-vous déjà eu l'occasion de travailler sur cette thématique ?

B.B : Non, mais l’iconographie et la symbolique médiévales me passionnent. Aborder les arbres dans ce contexte m’a semblé une vraie opportunité tant le sujet offrait de belles et réelles possibilités de recherche.

D.L : Pas de façon directe. J'ai travaillé sur le paysage. A la fin du XIXe siècle, c'est un genre qui sert de support à la projection d'un état d'âme. La nature a toujours posé la question des limites de l'image en confrontant le peintre à l'infini. En mettant l'accent sur l'arbre, de nouvelles choses apparaissent.

L.B : Non, pas exactement. Mais dans mes recherches et études sur la littérature et la peinture symbolistes, j'ai souvent été frappée par l'association entre femme et végétal. Que ce soit dans la poésie, dans les arts décoratifs (avec l'Art Nouveau) ou dans la peinture, c'est un véritable leitmotiv. Comme j'ai consacré ma thèse au préraphaélisme anglais, mon « musée imaginaire » était rempli d'images troublantes de femmes-arbres : des artistes tels que Rossetti ou Burne-Jones, fascinés par les emblèmes et symboles végétaux, ainsi que par les mythes anciens, ont en effet contribué à l'élaboration de cette « imagerie ».

- Qu'est-ce qui vous a intéressé dans cette thématique ?

B.B : L’étonnante richesse du thème de l’arbre dans l’imaginaire médiéval. Par ses multiples ramifications, la symbolique de l’arbre se retrouve dans toutes les civilisations et à toutes les époques. C’est aussi vrai pour le Moyen Âge occidental. Utilisé comme modèle de réflexion par les exégètes, les scolastiques et les encyclopédistes comme Isidore de Séville, Thomas de Cantimpré ou Barthélemy l’Anglais, l’arbre revient aussi de façon récurrente dans les allégories, les fabliaux, les sermons, les ouvrages de dévotion ou les traités de morale. De plus, et ce sans mauvais jeu de mot, ses racines sont profondes puisque l’arbre demeurait un élément essentiel de la civilisation celte, une culture encore bien présente dans l’inconscient populaire de nos régions à l’entame du IXe siècle. Dans cet esprit, aborder les métaphores médiévales de l’arbre, revenait un peu à se plonger dans les peurs, les angoisses, les désirs et les aspirations de l’homo mediaevalis, notre ancêtre.

D.L : La charge symbolique que les peintres placent dans la représentation de l'arbre. Ce que l'on voit n'épuise pas tout. Derrière l'écorce, une vie secrète palpite. Cette vie emprunte des chemins qui varient selon les peintures. Dans les vergers de Valérius de Saedeleer, par exemple, les arbres tendent vers le ciel des ramures qui s'élèvent en une prière muette. Il y a une dimension spirituelle.

L.B : La métamorphose de la femme en arbre est un mythe fécond depuis l'Antiquité et surtout depuis Les Métamorphoses d’Ovide, qui ont été une source d'inspiration productive pour les artistes. Mais à la fin du XIXe siècle, les artistes semblent se dégager de la doxa du mythe pour explorer d'autres voies, inédites : la dryade, ou nymphe des bois, semble se faire le vecteur d'obsessions contradictoires, propres à l'époque, entre misogynie et féminisme. La dryade symbolise à la fois la valorisation d'une femme naturelle, restée proche de la mère-
nature, des instincts, de la fertilité, et la méfiance vis-à-vis d'une sensualité débridée, dangereuse et menaçante pour l'homme. Pour les femmes, comme Camille Claudel, la photographe Annie Brigman ou la danseuse Isadora Duncan, c'est une figure qui porte un désir de libération, d'émancipation. C'est cette ambivalence qui m'a surtout fascinée. De même que l'interdisciplinarité impliquée par le motif qui inspire en effet tous les arts : peinture, arts décoratifs, théâtre, littérature, photographie, danse, sculpture...

- Y a-t-il un élément particulier qui vous a marqué pendant vos recherches et que vous n'êtes pas prêt d'oublier ?

B.B : Je me suis rendu compte que les arbres médiévaux cachaient des arêtes perverses. Aux bons arbres de la littérature et de la symbolique chrétienne, répondent des végétaux proches ou soumis à la perversion du Diable : des Arbres des péchés, des Arbres des vertus et des vices, l’Arbre des batailles d’Honoré Bouvet, des Arbres des commandements du Malin voire même des Arbres à vits, symboles de luxure. Dans le récit de la Création, le Jardin d’Eden comporte déjà deux arbres : un Arbre de Vie, le Lignum Vitae et un autre, l’Arbre de la Connaissance qui porte en lui la Tentation et entraîne la chute d’Adam et Ève. Derrière leur caractère consensuel et bienfaisant, les arbres médiévaux ont parfois un sens caché bien plus redoutable.

D.L : La diversité dans la constance. En peinture, l'arbre partage avec la mer la particularité d'être toujours semblable mais jamais identique. La seconde école de Laethem-Saint-Martin, qui prolonge le symbolisme, a été une redécouverte pour moi.

L.B : Cherchant une œuvre emblématique pour introduire mon sujet, je suis tombée un peu par hasard sur le conte d'Andersen, La Dryade, que je ne connaissais pas. Ce récit, à la fois féerique et cruel, m'a semblé particulièrement représentatif de l'époque étudiée : la résurgence d'une figure mythique antique au sein de l'expression même de la modernité, incarnée par l'Exposition universelle de Paris de 1867. Il s'agit d'une belle synthèse des préoccupations et des paradoxes de ce XIXe siècle : le désir de préserver l'héritage des mythes anciens et la capacité à forger de nouveaux mythes, dont beaucoup sont encore les nôtres aujourd'hui.

Un catalogue de l’exposition sera mis en vente dans les deux lieux. Auteurs : Bernard Bousmanne, conservateur en chef de la section des manuscrits à la Bibliothèque Royale de Belgique, Laurence Brogniez, professeur de philologie romane aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, Denis Laoureux, professeur d’histoire de l’art à l’Université Libre de Bruxelles, Olivier Duquenne, critique d’art, conférencier, professeur d’histoire de l’art à l’Ecole Supérieure des Arts de l’Image « le 75 », aux Facultés Universitaires des Sciences Agronomiques de Gembloux et à l’Académie des Beaux-Arts de Namur et Francis Halle, botaniste, spécialiste des arbres et des forêts tropicales.
Ce catalogue sera édité par la Stichting Kunstboek de Bruges, en français et en anglais.

Des animations sont organisées dans le contexte de ces expositions.
Programme à télécharger

Musée provincial Félicien Rops, Rue Fumal, 12, à Namur
Ouvert de 10H00 à 18H00, tous les jours, sauf le lundi et le 25 décembre
Internet : http://www.ciger.be/rops - Courriel : rops@ciger.be

Maison de la Culture de la Province de Namur, Avenue Golenvaux, 14, à Namur
Ouvert de 12H00 à 18H00, tous les jours, sauf le lundi et le 25 décembre
Internet : http://www.province.namur.be
Courriel : arts.plastiques@province.namur.be

Photo du haut de la page : Evelyn De Morgan, The Dryad, 1885 (détail)
The De Morgan Centre London


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