Province de Namur Province de Namur

Expositions Filip Denis, Marc Rossignol, Marc Borgers

du 19 janvier au 24 février 08


Secteur Arts Plastiques/Expositions

Contact : Jean-Michel François

Maison de la Culture de la Province de Namur
Avenue Golenvaux, 14
5000 NAMUR
Tél. : 081 65 47 90
Fax : 081 22 17 79
Courriel : arts.plastiques@province.namur.be


Après une confrontation entre l’artiste dinantais Antoine Wiertz et l’Américain Joel-Peter Witkin, c’est un trio belge de talent qui investit les lieux de la Maison de la Culture.
Filip Denis, Marc Rossignol et Marc Borgers présentent leurs travaux, à travers trois expositions personnelles, du 19 janvier au 24 février 08.

Exposition Filip Denis - Dieu et l’escargot - Hall
« Face au tableau le peintre n’a pas de plan.
Il y entre à l’aventure.
Il arpente le tableau, fonce en avant, revient en arrière, change de chemin, et gratte,
arrache la peinture, plie le trait, décortique l’image.
Son pinceau court à droite puis à gauche, frappe, maltraite.
Une chose apparaît, se déplace, s’abîme, se décolore.
Il tire tout à hue et à dia.
Tout cela semble assez lamentable.
On dirait le voir entrer dans une pièce obscure et inconnue, trébuchant dans les tapis,
bousculant les meubles.
C’est ainsi. Comme l’aveugle, il construit l’espace en tâtonnant.
La peinture est l’imitation du tâtonnement des aveugles ».
F. D.

Cela fait maintenant plusieurs années que Filip Denis (Liège, 1948) accorde aux « choses inanimées » une attention toute particulière. C’est une petite œuvre de Jean-Siméon Chardin trônant au-dessus du buffet dans la maison familiale qui lui donne un jour l’envie de prendre les pinceaux. S’éloignant de la tradition picturale dans laquelle s’inscrit le genre de la nature morte, l’artiste se débarrasse de la charge métaphorique de l’objet pour ne plus s’intéresser qu’à la qualité physique. Ustensiles, machines et autres éléments architecturaux acquièrent ainsi, sous les coups de brosse de l’artiste, une véritable densité plastique. L’objet est reconfiguré par des aplats, giclées et autres coulées de peinture qui viennent perturber la lisibilité de l’image. Les filets de peinture blanche qui entourent les choses du quotidien vont dynamiser la composition et la doter d’une énergie nouvelle. De ces tensions découle une certaine narration. Il y a peut-être ici une tentative inconsciente du peintre, grand amateur de littérature, de raconter une histoire. On croit reconnaître alors, dans l’une ou l’autre toile, l’ébauche d’une intrigue ou d’un scénario. Cet amoncellement de bois charbonneux qui semble foncer tout droit sur nous raconte énormément ; de même que ce réfrigérateur qui s’ouvre comme par magie, déversant son contenu dans le vide. A l’inverse, certaines oeuvres dégagent une intense sérénité. Tel ce wagon de train replié silencieusement au milieu de nulle part ; sa présence solitaire contredit, de façon flagrante, sa fonction utilitaire. Ainsi ce chauffage d’appoint ronronnant, entre virulence et tranquillité. L’utilisation que Filip Denis fait de la couleur ajoute encore à l’ambiance dégagée par ses toiles. Une dominante rouge sang fait affluer un peu d’agressivité au tableau Wagon tandis que, par exemple, Sur le trottoir tire davantage vers un bleu plus mélancolique. Une autre façon tout à la fois complexe et sensible d’explorer les voies de l’inanimé.

Exposition Marc Rossignol - Pathétiques-Mathématiques - Espace Meuse

Marc Rossignol (Namur, 1954) mène conjointement une réflexion sur le statut d’œuvre d’art et les déviances qui peuvent en découler. En partant du postulat que l’art est avant tout un produit culturel, il exhume diverses traditions pour rebondir sur ses multiples significations. L’actualité nourrit régulièrement son travail qui se traduit sous des formes variées (objets sculptés, accumulés, conférences-performances, etc.) D’une certaine manière, Marc Rossignol procède comme un détective en partant d’un signe qui l’intrigue et dont il tente de percer tous les secrets. Pas étonnant dès lors qu’il se soit penché avec beaucoup d’intérêt sur les travaux du célèbre historien d’art Aby Warburg, fondateur de l’iconologie.

Courtesy Annie Gentils Gallery

Le travail présenté à la Maison de la Culture jette un pont entre la culture traditionnelle des îles lointaines et la province de Namur. La proposition de faire entrer les fêtes de Wallonie au patrimoine culturel de l’humanité inspire à l’artiste de savantes formes réalisées à l’aide de bouchons en plastique et d’autres dessins énigmatiques. Reprenant à son compte la symbolique de l’art vanuatu (dont les sandroings, dessins stylisés dans le sable sont classés par l’UNESCO), Rossignol réalise un travail ludique qui révèle tout l’exotisme que peut évoquer la ville de Namur. Dans sa démarche qui mêle intérêt sociologique et philosophique, il met en jeu notre propre système de représentation en regard avec l’histoire de l’art. Notre environnement est lui aussi construit à partir de codes bien définis, tellement ancrés en nous qu’on n’y attache plus guère d’importance. L’artiste attire notre attention sur l’étendue de notre propre bagage culturel. L’exposition se base notamment sur des plaques représentant des idéogrammes (=, //, ≠), ces signes graphiques abstraits qui émaillent nos livres et nos lettres de bureau, dénotent l’importance d’un système de représentation familier. On redécouvre ainsi un concept riche qui n’a finalement rien à envier aux hiéroglyphes égyptiens. Marc Rossignol réfléchit sur l’art en tant que langage, en le confrontant, sans cesse, aux autres formes d’expression. A partir de là, il déploie une série de réflexions jusqu’à vider son sujet de tout mystère. Un travail qui s’inscrit ainsi dans une certaine lignée conceptuelle mais sans se départir d’une dimension humoristique.

Exposition Marc Borgers - Projet de livre Comment vas-tu ? - Espace Sambre

Créer au-delà des genres et des frontières, voilà le pari que s’est donné Marc Borgers (Waremme, 1952). Artiste pluridisciplinaire rompu aux métiers de la publicité, il n’a cessé d’enchaîner les projets différents et audacieux. Son parcours, commencé à l’Ecole Supérieure des Arts de l’Image « Le 75 », démontre son envie de se frotter à différentes disciplines. On retrouve déjà cette volonté dès 1975, lorsqu’il crée, avec Jean-Louis Sbille, le groupe Ruptz, qui enchaîne vidéos et performances dans un esprit d’autodérision et de totale liberté. Trois ans plus tard, le duo continue sur sa lancée sous la forme d’un magazine underground : Soldes, fin de séries est un mélange de dessins, de témoignages délirants et autres petites annonces humoristiques. Son contenu témoigne de l’univers créatif dans lequel évolue l’artiste. Il sera diffusé dans plusieurs pays. Après son installation à Paris, Marc Borgers continuera d’explorer différents moyens d’expression. Il travaille pour Actuel, Nova Mag, crée plusieurs polices typographiques dont la «Marker Plain» et la «Vintage Gothic», conçoit une fresque pour une station de métro bruxelloise et crée une campagne publicitaire en faveur de Médecins Sans Frontières. L’originalité de son style graphique lui vaut également la confiance de Levi’s et de Nike dont il signe les publicités depuis des années.

 



Un livre d'artiste qui devrait ne pas rester un projet dans un tiroir

A l’occasion de l’exposition, Marc Borgers a constitué un livre d’artiste (Comment vas-tu ?) où se mélangent les techniques les plus variées : « réunion de divers média sur un seul support, imagerie personnelle et singulière, exploration ironique de notre imagerie populaire, livre d’errance. Fouillis anarchique, critique et burlesque comme dans le film Va et Vient de Jão César Monteiro. Parcours versus Les Ombres Errantes de Pascal Quignard. Ajoutez l’humour de Polke et l’irrévérence d’Albert Cossery » explique t-il. Un projet sans limite dans lequel Borgers fait état de son imagination fertile. Et une occasion d’explorer, une fois de plus, la relation entre le texte et l’image, comme au temps de Ruptz, et dans le sillon tracé notamment par des artistes de chez nous (Dotremont, Michaux ou Alechinsky) avec « encore la même préoccupation rupzienne qui consiste à interroger le consommateur acheteur, encore les mêmes diversifications. Encore du brouillage de genres qui rebute les éditeurs : encore un projet de livre inclassable ! » Bref, un travail plein de fantaisie, à l’image de l’artiste, qu’on a hâte de découvrir au plus vite.
Vernissage : le vendredi 18 janvier 2008, à 18h30

Envie d’en savoir plus ? Venez rencontrer Filip Denis, Marc Rossignol et Marc Borgers à l’occasion de notre prochain « Art Dimanche » qui aura lieu le 17 février 2008, à 10h30, à la Maison de la Culture. Les artistes pourront répondre à vos questions, en toute convivialité. La rencontre sera animée par Claude Lorent. Pendant ce temps, les enfants de 6 à 12 ans auront l’occasion de participer à un atelier créatif (sur réservation). La manifestation sera suivie du verre de l’amitié. 
 

 

Agenda culturel

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