Province de Namur Province de Namur

Noëlle Koning

Peintures, à Namur, du 13 mai au 18 juin 2006


Secteur Arts Plastiques/Expositions

Contact : Jean-Michel François

Maison de la Culture de la Province de Namur
Avenue Golenvaux, 14
5000 NAMUR
Tél. : 081 65 47 90
Fax : 081 22 17 79
Courriel : arts.plastiques@province.namur.be


Les tableaux de Noëlle

La seule perspective qui me fait supporter l'embarquement dans le nouveau terminal de Zaventem, au bout d'une demi-heure de marche, c'est les retrouvailles avec un tableau. Un tableau de Noëlle Koning. Mal exposé, certainement, qui le remarque ? Moi, en tout cas, je l'attends.

Ces rouges profonds comme une passion mythique, ses ombres d'objets à la fois familiers et inquiétants, qui jouent du réel pour rassurer et inquiéter à la fois. Je ne sais pas parler de peinture. Pourtant, la peinture de Noëlle donne envie de parler. De raconter. Peut-être parce que, dans chacune de ses toiles, le spectateur a la possibilité de dénicher un petit coin à lui tout seul. Une cachette que l'artiste lui a réservée, sans le savoir. Où on peut se blottir, le temps de se familiariser avec le grand incendie de couleurs qui déferlent.

Des échelles, des escabeaux, des fenêtres : on monte, on se glisse, on ouvre les yeux. Les lignes ne ferment rien, ce sont les plis d'une couverture chamarrée que l'on plie, que l'on déplie. Qui cache et découvre, qui transforme, pareille au voile du magicien, le pauvre quotidien en féerie. C'est le premier piège de l'abstraction, et surtout de celle-ci, qui garde un pied malicieux dans une réalité que l'on croit identifiable : on cherche des similitudes. Là, j'ai vu un chien, une souris, une peluche de mouton - je suis sûr que c'est une peluche ! Une table, avec une tasse de café. Un café bien noir. J'ai attrapé la chaise avant qu'elle se dissolve dans le pourpre du rideau. Qu'elle s'effondre sous la pile de livres.

Je me cache sous l'escalier. Le diable noir et sa fourche de feu ne pourra rien contre moi. Puis, je m'enfuis sur la perspective d'un balcon suspendu dans l'air torride d'une feria enivrée. Mais il me faut revenir. Renverser la perspective, noyer mon regard. Je ne vais pas prendre un avion, je vais plonger dans une toile. Ce n'est pas une échelle, c'est un signe qui n'existe pas, ou qui n'existe que là, dans cette toile, tracé pour me perdre et me sauver. Une portée de musique sourde et envoûtante comme le didjeridoo que Noëlle nous a fait découvrir lors de sa précédente exposition. Ne plus chercher à décrypter, à comprendre, à identifier. Se laisser porter par la musique de cette peinture, de ces couleurs.

Se méfier des mots qui cherchent à rendre les images. Parce que la peinture de Noëlle est un lieu où il faut se perdre pour trouver l'essentiel. L'essentiel que l'artiste nous offre peut-être à son insu, et que nous seuls pourrons trouver. C'est pourquoi aussi je préfère les grandes toiles de Noëlle Koning. Celles qui rivalisent de plain-pied avec l'univers, le cosmos, la vie. Où se perdre est inévitable et excitant comme dans les forêts vierges de nos rêves d'enfant. Celles que l'on emmène avec soi, parce qu'elles ne nous lâchent pas une fois que notre regard s'est posé sur elles. Nous avons cru les regarder, et elles nous ont envahis. Elles nous possèdent et n'appartiendront jamais qu'à leur liberté, qu'elles nous proposent de partager. Elles sont la générosité faite couleur.

Mais, somme toute, pourquoi parler de la peinture de Noëlle ? Il faudrait se taire et inviter chacun à regarder. Mes mots ne vous serviront à rien. Ils parlent de moi plus que des toiles. Mon étonnement, mon admiration, mon malaise parfois. Ils vous préviennent : attention, quelque chose vous attend, quelque chose va arriver. Vous surprendra. Quelque chose contre quoi les mots sont impuissants. Une émotion, qui part de vous, et que l'œuvre vous renvoie, métamorphosée. Une émotion qui surgit de la toile et enrichit la palette de votre regard.

Vincent Engel

Cette exposition organisée par le Service de la Culture de la Province de Namur est accessible tous les jours (sauf les 25 mai, 4 et 5 juin 2006), de 12 heures à 18 heures, du 13 mai au 18 juin 2006, à la Maison de la Culture de la Province de Namur, Avenue
Golenvaux, 14, à Namur.

Vernissage : vendredi 12 mai 2006, à 19 heures

Entrée libre
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