Le Musée provincial des Arts anciens du Namurois vous conduit cette fois au-delà de ses frontières habituelles avec une exposition tout à fait exceptionnelle au cours de laquelle vous pourrez découvrir d’infinies variations autour d’une matière qui de tout temps et dans toutes les civilisations fit rêver : le cristal de roche.
Les objets présentés lors cette exposition originale appartiennent à toutes les périodes de l’histoire … et même de la préhistoire. Elle montre à quel point ce minéral occupa une place de choix dans les collections d’art, les objets sacrés et les cabinets de curiosités.
Apprécié de tout temps pour sa beauté, sa transparence et sa luminosité, le cristal de roche est présent tel quel dans la nature. Il s’agit d’une variété de quartz incolore, minéral fort répandu à la surface de la Terre. Les grecs anciens pensaient qu’il s’agissait d’eau congelée en neige et durcie par les siècles. Le mot kristallos désigne d’ailleurs d’abord la glace.
Les hommes le dotèrent très vite de mystère, mais aussi de vertus curatives, magiques (songeons par exemple à la célèbre boule de cristal … de roche), et surtout symboliques.
Les égyptiens s’en servaient comme amulettes protectrices, mais aussi pour figurer l’iris et donner ainsi au regard des sculptures une profondeur étrange.
Les tombes romaines et gallo-romaines ont livré bon nombre d’amulettes et de bijoux en cristal de roche. Cette glace indestructible par le feu était censée protéger le défunt des flammes des fleuves de l’Enfer.
L’Asie l’a abondamment utilisé pour réaliser des objets rituels ou votifs, destinés à écarter les puissances maléfiques, ou plus prosaïquement comme symbole procréateur.
Symbole de pureté associé à la Vierge, mais aussi à Jésus (on rapprochait le nom cristallus de celui de Christus), sa limpidité en faisait un des matériaux de prédilection du Moyen Âge chrétien pour la confection d’objets sacrés. Les reliquaires combinaient ainsi les vertus symboliques et les vertus physiques du cristal de roche : l’extrême solidité du matériau était en parfaite adéquation avec l’immortalité des restes des défunts qu’ils abritaient et exposaient au regard des fidèles.
Aujourd’hui encore, les créations du fameux joaillier parisien Alain Boucheron, dont de nombreuses pièces sont présentes à l’exposition, recourent encore à cette pierre fascinante. Ce créateur nous invite poétiquement à écouter les musiques du cristal de roche, comme on écoute la mer dans les coquillages.
L’ouvrage publié à l’occasion de l’exposition offre également un éclairage unique sur l’évolution des techniques de la taille et de la gravure. Il met également en évidence l’importance que le cristal de roche eut sur l’essor de certaines industries humaines. La volonté des hommes d’imiter sa limpidité et de disposer d’un matériau de substitution moins rare et moins coûteux, déboucha en effet sur l’invention du verre, puis du cristal.
Paradoxalement, alors qu’il est paré de tant de caractéristiques qui relèvent du sacré ou de l’ésotérisme, le cristal de roche est à l’origine de la science moderne appelée cristallographie. La publication aborde également cet aspect.
Bref, c’est à un fascinant voyage à travers le temps et l’espace, mais aussi à la découverte d’un monde de beauté, de brillance et de mystère que vous convient l’exposition et la publication Pierre de lumière.
J. TOUSSAINT (sous la dir. de), Pierre de Lumière. Le cristal de roche dans l’Art et l’Archéologie, coll. Monographies du MAAN, n°33, 224 p., ill. coul. et N/Bl, broché : 30 € (+frais de port).