Trois questions à Amélie Fiasse, professeur à la haute école provinciale
Elle le dit tout de go : elle aime travailler avec la personne âgée. Amélie Fiasse a rejoint le giron de la haute école provinciale il y a un peu plus de dix ans. Ergothérapeute, elle est intégrée au département des sciences de la santé publique et de la motricité. Elle donne ainsi des cours de corporalité aux infirmiers responsables de soins généraux et au bachelier accueil et éducation du jeune enfant chapeauté par la HEAJ (haute école Albert Jacquart). Mais l’essentiel de son travail se situe au niveau du bachelier en psychomotricité. Elle est coordinatrice de stage et donne cours de pratique de stage aux 2e et 3e années. Il y a quelques années, elle a aussi conçu une valisette communicationnelle destinée aux gardes à domicile de personnes touchées par la maladie Alzheimer de l’ASBL Spaf (service provincial d’aide familiale). Aujourd’hui, elle est partie prenante dans le projet Sexe au musée que coordonne le GéroNam. Trois questions. Trois réponses.
Namur Province la News (NPLN) – Quel est le rôle de la haute école provinciale dans Sexe au musée ?
Amélie Fiasse (AF) – Celui d’un intermédiaire et il n’est pas simple à définir. Je pense que, en tant qu'enseignante, on vient avec cette expérience, cette capacité aussi à mener ou à installer des dispositifs qui peuvent permettre aux participants de s'activer ou de réfléchir à l’objectif que l’on poursuit.
Une fois l'expérience réalisée, il s’agit d’en extraire l'essence brute en vue de la reproduire ailleurs, d'une manière à la fois efficace, ajustable et autonome. C'est aussi cela, le rôle qui m’a été assigné : analyser, avoir un regard aussi à la fois intérieur et extérieur de façon à en ressortir les éléments pertinents… Dans ce cadre, je travaille avec l’ASBL Bien vieillir – qui a aussi cette expérience de la personne âgée, des maisons de repos et de soins... Nous avons un peu une fonction méta. Notre mission est de produire quelque chose qui permettra à d’autres maisons de repos de monter des projets similaires, de reproduire le dispositif elles-mêmes ou en faisant appel de nouveau à un microcosme.
Sexe au musée, c’est un vrai travail d’équipe. Ce qui est intéressant, c’est que, tous, on participe. Chacun amène ses forces et sa manière de faire et, à la fois, apprend aussi. Et puis, il y a des micro-feedback continus, qui permettent de réajuster le tir et de mettre en évidence les éléments essentiels au bon déroulement d'un tel projet. C’est d’autant plus important que, en ce qui nous concerne, l’expérience s’étend sur deux ans.
NPLN – Et donc, cela va déboucher sur une publication, sur une espèce de Vademecum, on va dire…
AF – Une publication doit, de toute façon, être rendue à la Fondation roi Baudouin. Cette dernière a d’ailleurs mandaté une universitaire pour nous accompagner dans ce projet. Donc oui, l'idée c'est de ressortir un dossier. Quelle forme va-t-il prendre ? À voir, mais on va le réfléchir ensemble. Pour moi en tout cas, il n’y a pas que le parcours, il y a aussi des éléments concrets à transmettre : des bons tuyaux aux choses qui n’ont pas marché...
Nous sommes nombreux à prendre part au projet et on peut être en one to one, un « animateur » pour une personne âgée, lors des ateliers. Ce qui paraît difficile dans le cours normal de la vie d’une maison de repos.
Ma réflexion porte sur la création d’outils qui permettraient aux maisons de repos d’aborder la question de la sexualité et de libérer la parole des résidents. Il y a déjà des idées qui naissent de leurs mots. Comment les réutiliser ? En faire des jeux de cartes qui serviraient de déclencheur à la discussion ? Pourquoi pas. Ce que je veux dire c’est que, peut-être, que le projet ne se reproduira pas à l’identique au sein d’une maison de repos ou avec une équipe mobile qui va comme cela d’établissement en établissement, mais il permettra à tout le moins de partager l'expérience, de faire des propositions et si possible fournir un outil.
Quoi qu’il en soit l’intérêt pour la démarche est réel. Pour l’heure, on travaille avec une équipe d’élèves de l’IATA. Et c’est génial d’avoir pu, grâce à ce projet, mettre en interaction des résidents d’une maison de repos avec ces jeunes. Cela amène une autre dimension. Et cela ne se limite pas à juste faire venir des jeunes dans la maison de repos. Il faut aussi les accompagner et cela nécessite une équipe de liaison entre l'extérieur et l'intérieur, pour la maison de repos et pour les élèves.
NPLN – Tout ceci peut-il faire l’objet d’un feedback auprès d’étudiants, dans le cadre de leur formation à la haute école provinciale ?
AF – Tout à fait. Une étudiante a, par ailleurs, pu directement assister à l’un des ateliers du projet alors qu’elle effectuait un stage dans la première maison de repos qui a accueilli Sexe au musée. De la même manière que cette opportunité a enrichi sa formation, vivre ce projet vient nourrir mon expérience. Je ne peux pas faire autrement que d’en ressortir des éléments qui peuvent être utiles aux étudiants et que je leur transmettrai à un moment ou l’autre. On n’exclut par ailleurs pas que les étudiants en psychomotricité puissent participer au projet. Peut-être que ça pourra se faire dans la dernière maison de repos qui accueillera le dispositif. C’est quelque chose à garder en tête. Même si on aborde la question de la sexualité des aînés à la haute école, cela peut être intéressant pour eux de voir comment on en parle et comment on amène les personnes âgées à en parler au départ de l’art. Et si, par exemple, un outil venait à voir le jour – et j’aime créer des outils, c’est ma fonction en tant qu’ergothérapeute –, il faut qu’il soit, bien sûr, utile aux maisons de repos autant pour les résidents que pour le personnel, mais je souhaite qu’il le soit aussi pour les étudiants.
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Voir aussi :
Présentation du projet Sexe au musée
Sexe au musée à Lustin
Sexe au musée à Florennes