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Sexe au musée Lustin

Le 1er juillet dernier, les résidentes et résidents de la maison de repos Saint-Thomas de Villeneuve, située à Lustin, proposaient une exposition de leurs œuvres, réalisées dans le cadre du projet Sexe au musée. Ils étaient les premiers à se frotter à ce concept d’un genre nouveau, un concept visant à leur permettre de s’exprimer sur un aspect essentiel de la santé : la sexualité. Avec l’art comme point de départ. Nathalie Floymont, référente pour la démence au sein de la résidence, partage son expérience et son regard sur ce projet provincial novateur, qui mêle création, réflexion et dignité.
 
Namur Province la News (NPLN) – Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre le train?
Nathalie Floymont (NF) – C'est un sujet qui doit être traité en maison de repos, mais on ne le fait pas toujours. Le plan qualité intègre un objectif par an sur – justement – la vie sexuelle, affective et intime. Par ailleurs, nous avons déjà eu l’occasion de travailler avec le Géronam. On était sûrs qu’il y aurait derrière tout cela de la qualité, de la réflexion et qu’un accompagnement solide serait au rendez-vous. Le sujet n’est pas anodin. Pourquoi, dès lors, ne pas l’aborder par le biais de l’art, comme le prévoyait l’expérience proposée et devenir la première maison de repos à entrer dans le projet ? On s’est dit : « On y va. On va créer quelque chose. On ne sait pas quoi, mais on y va. » Et on savait qu’on serait soutenus, accueillis et entourés par tous les intervenants liés au projet.
 
NPLN – Vous faites donc figure de pionniers en quelques sortes. Qu’est-ce que vous avez retiré de cette expérience?
NF – Mêler l’art à la question de la vie sexuelle, affective et intime, c’est effectivement novateur et j’estime que c’est une belle approche. Concrètement, on parlait d’art et d’œuvres, mais aussi de toute l’histoire autour de ces œuvres figurant des personnes dénudées : les relations hommes-femmes, le couple, le voyeurisme ou l'amour courtois. C'est finalement une manière douce d'aborder le sujet. Et puis, parce qu’on savait que ce projet allait avoir lieu, on a osé glisser la question dans des groupes de parole. Et là, on a été assez étonnés de ce que les résidents pouvaient confier à ce propos. Sans cette expérience et ce projet Sexe au musée, cela ne serait pas arrivé. Le fait aussi de rapporter la culture dans la maison de repos - même si au départ, il fallait se déplacer au musée -, je trouvais cela très agréable. C’est une belle ouverture.
 
 
NPLN – Est-ce qu’il y a un moment qui vous a paru peut-être plus important, plus marquant, que d’autres…?
NF – J’ai trouvé vraiment agréable de voir les résidents dans chaque contexte. Il y a eu un moment où les œuvres leur ont été présentées, avec un vrai souci du détail et une mise en lumière de ce que l’artiste avait voulu raconter, exprimer.
Il y a eu un temps d’échanges avec une philosophe, sans doute un peu plus compliqué, si on s’en tient aux réactions des résidents, visiblement impressionnés : « Ouh ! On sent que cette dame, elle en connaît des choses et elle nous fait réfléchir. »  Honnêtement, nous n’aurions pas imaginé intégrer un philosophe, mais à les voir l’écouter, à observer leurs réactions vis-à-vis des divers intervenants…
Il y a eu aussi un groupe de parole, avec l’ASBL Bien Vieillir, qui portait davantage sur leur ressenti. Et puis deux ateliers artistiques. Là encore, c’était intéressant de voir comment un artiste peut les amener à travailler sur un sujet et de découvrir ce qu’il advient.
 
NPLN – C’est donc la démarche dans son ensemble que vous avez appréciée?
NF – C'est la mise en contexte par l'intervenant qui, à chaque fois, s’est révélée agréable et intéressante. Je pense que, de nouveau, si nous avions dû monter un tel projet, nous n’aurions vraisemblablement pas eu recours à des philosophes. On n’aurait peut-être pas été jusque dans un musée, ni associé un artiste. Se dire qu’ils ont pu bénéficier de tous ces intervenants était une plus-value très, très enrichissante.
 
NPLN – Vous l’avez évoqué, cette expérience a permis de libérer la parole. Mais comment, selon vous, a-t-elle été perçue par vos résidents?
NF – Bien, en fin de compte. Même si ce que racontaient les résidents restait souvent très ancré dans leur passé, leur histoire, qu’il s’agisse du couple, de la place de la femme… On a essayé de les ramener davantage au présent et à ce qu’ils vivent aujourd’hui à la maison de repos.
Force est de constater que ce n’était pas toujours facile pour eux de s'exprimer à propos de l’ici et maintenant, d’autant que le groupe comprenait plusieurs résidents présentant des troubles cognitifs. Et qui donc partagent parfois des choses qui ne sont pas tout à fait exactes. Ils ne se souviennent pas forcément de ce qui s’est passé, le matin, avec l’aide-soignante, oubliant qu’ils ont eu un souci lié à leur intimité. Et il y avait donc des éléments qui relevaient de leur ressenti et d’autres choses justes, mais issues de leur passé. Cela dit, le ressenti global était positif.
Par ailleurs, on a aussi essayé de construire les séances pour qu’elles se suffisent à elles-mêmes. Où tout était bouclé sur l’heure ou l’heure et demie qu’on passait ensemble. On savait qu’autrement, ils ne se seraient souvenus de rien la fois suivante. Que ce soit le lendemain ou deux semaines plus tard...
 
NPLN – Si c'était à refaire?
NF – On garde presque tout tel quel. L’atelier philosophique serait sans doute à réinventer avec le profil des résidents de notre MRS (NDLR – maison de repos et de soin). On a eu la chance d’avoir beaucoup, beaucoup d’intervenants dans le cadre de cette première expérience. Si on devait recommencer, on ne pourrait pas retrouver ce fonctionnement en binômes, comme on a pu l’avoir pour l’atelier artistique, avec un intervenant ou un professionnel pour chaque résident. Là, on était vraiment dans le partage individuel. Si on avait dû le faire, on se serait répartis dans des groupes de deux ou trois résidents ou on aurait diminué le nombre de participants.
 
NPLN – Justement, combien y avait-il de participants?
NF – Ils étaient une dizaine à chaque fois et la maison de repos compte 97 résidents. On a essayé de voir au préalable, dans le cadre de groupes de parole, qui voulait participer. En parlant du lien avec le musée et sans bien sûr cacher qu’il serait question de sexualité et de vie affective. On a pu voir qui réagissait, qui était peut-être trop timide, qui était à l’aise avec ce sujet…
Par rapport à d’autres activités, on trouvait que c’était un bon groupe, avec une belle dynamique.
Après, toute la question c’est : comment animer un groupe avec des personnes ayant des troubles cognitifs et qui ne prennent pas spontanément la parole pour se raconter. Il faut constamment relancer, poser des questions, susciter leur intervention… Et c’est là qu’on sentait, à chaque fois, que le plus grand défi, c’était de les entraîner dans la conversation et de réussir à la maintenir sur le sujet.
 
NPLN – Et comment avez-vous relevé ce défi?
NF – Il fallait répéter, reformuler, encourager… sans les brusquer, sans leur faire peur… L’idée de parler en public reste une vraie difficulté. Chez nous, en tout cas, c’est une spécificité bien présente. On sait que dans la maison de repos où le projet se poursuit actuellement, le rendu ne sera probablement pas le même, parce que la population est très différente. Ce ne sera pas du tout la même dynamique. Mais justement, c’est ça qui est intéressant : voir que, quel que soit le public, les réactions seront toujours riches. En tout cas, pour nous, ce sera précieux d’obtenir ce comparatif par la suite.
 
NPLN – Que diriez-vous en guise de conclusion?
NF – Peut-être qu'on avait tous un peu peur de parler de sexualité, de vie intime et affective avec les résidents parce qu'on se disait que c'était vraiment un sujet tabou. On ne savait pas trop comment l’aborder, quels mots utiliser… même le titre du projet, Sexe au musée, nous semblait un peu cru au départ. Et finalement, quand on a abordé le sujet avec les résidents, il n'y avait pas du tout cette gêne que l’on redoutait. Donc, heureusement que le projet existait pour qu’on en parle, parce que, de nous-mêmes, je crois qu'on ne l’aurait pas fait.
On aurait sans doute abordé le sujet, mais plutôt en direction des professionnels, pour – justement – les former à la manière d’accueillir la sexualité en maison de repos. Je ne pense pas qu’on aurait eu l’idée de questionner les résidents. Et c’est justement, je crois, l’un des plus beaux aspects du projet : avoir osé en parler avec eux et partagé ce moment avec eux.  

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Voir aussi : 
Présentation du projet Sexe au musée
Sexe au musée à Florennes
Le rôle de la haute école provinciale

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