Cela travaille ferme sur les cours d’eau

Les journées wallonnes de l’eau constituaient une occasion idéale pour le rappeler : les cours d’eau, c’est aussi l’affaire de la Province de Namur. Non seulement elle a en charge la gestion des quelque 1350 kilomètres des cours d’eau non navigables de 2e catégorie qui sillonnent son territoire… Mais elle intervient aussi sur les cours d’eau de 3e catégorie (800 kilomètres) pour le compte des communes. Coup d’œil sur les actions en cours et éclairage avec Nathalie Fonder, responsable du pôle de gestion intégrée des cours d’eau (PGICE) de la Province de Namur.

Namur Province la News (NPLN) – Tout le monde a encore en tête les inondations de juillet 2021. On travaille actuellement sur deux fronts : à Namur et à Viroinval…

Nathalie Fonder (NF) – On a effectivement bénéficié d’un premier subside (380 000 €) pour la remise à ciel ouvert d’un tronçon du Frizet, à Namur. Les travaux sont en cours et la fin du chantier est prévue cette année. Nous avons par ailleurs également obtenu un deuxième subside (866 000 €) pour créer des zones d’immersion temporaire à l’amont du village d’Olloy -sur-Viroin (Viroinval). Le marché public a été lancé et est en cours d’attribution. Une prolongation du délai d’exécution devrait permettre de faire les travaux en 2026-2027. 

Il s’agit dans les deux cas de cours d’eau de 2e catégorie. Et dans les deux cas aussi, il s’agit de diminuer le risque d’inondation. Et j’insiste sur le mot ‘’diminuer’’. On ne pourra jamais empêcher les inondations. Les mesures que nous prenons permettent deux choses et ce sont les seules sur lesquelles on puisse jouer : diminuer la fréquence des inondations et faire en sorte que la hauteur soit moins forte lorsque le phénomène se produit.  

NPLN – D’autres travaux, par ailleurs liés à d’autres subsides, sont également sur le feu…

NF – Nous avons obtenu un subside global de près de 2 millions dans le cadre du plan de relance wallon afin d’intervenir sur plusieurs sites où les problèmes d’inondations sont récurrents. Plusieurs chantiers sont programmés. On va ainsi aménager la confluence de deux cours d’eau qui génèrent des inondations, à Hemptinne (Fernelmont), un point sensible qui génère régulièrement des débordements. Nous prévoyons également des travaux sur le Linciaux, un petit cours d’eau qui traverse le village de Chapois et qui provoque lui aussi des inondations. Un lever de seuil est prévu à La Bruyère, sur le ruisseau de Bovesse. Des travaux sont également planifiés sur le ruisseau de Crupet (Assesse), à hauteur du château, où un mur s’est effondré sous la pression de l’eau lors des dernières inondations. Une zone d’’immersion temporaire est également à l’étude sur le Giraudiat, à l’amont du village de Morialmé afin de diminuer les inondations. Au total, sept projets sont concernés par ce subside.

NPLN – Et ce n’est pas tout…

NF – Effectivement. Nous avons encore reçu fin 2025, et dans le cadre du plan de relance pour la Wallonie, un nouveau subside de l’ordre de 3 millions pour une dizaine de projets réparti un peu partout sur le territoire provincial : Namur, Fernelmont, Anhée, Assesse, Philippeville et Walcourt. Il s’agit, pour une part, de continuer des projets que l’enveloppe initialement demandée ne permettait pas de finaliser et, pour une autre part, de mener de nouveaux projets. Ils visent tous à diminuer le risque d’inondations : restauration du lit majeur, remise du cours d’eau dans son état naturel…

NPLN – Cela c’était pour les cours d’eau de 2e catégorie dont les provinces sont gestionnaires. Mais vous intervenez aussi sur les cours d’eau de 3e catégorie qui, eux, sont du ressort des communes…

NF – C’est un peu différent. La convention relative à l’entretien supracommunal des cours d’eau de 3e catégorie concerne uniquement l’entretien ordinaire. Nous intervenons donc lorsqu’il y a un bouchon, un arbre tombé en travers, un arbre cassé, un mur de berge effondré… ou tout autre problème de ce type que nous allons nous occuper de dégager. Concrètement, nous travaillons en régie et donc avec un entrepreneur que nous dépêchons sur place pour faire le nécessaire.

NPLN – Pas de projets plus lourds donc ?

NF – Il n’y a pas dans notre chef d’intervention sur les cours d’eau de 3e catégorie pour tout ce qui concerne l’extraordinaire et donc des travaux plus conséquents, comme les projets d’amélioration ou de modifications de cours d’eau. Dès lors qu’il s’agit d’un cours d’eau de 3e catégorie « sont communaux », on se trouve sur un site communal et ce type d’action relève dès lors du seul ressort des communes. Les gros projets que nous sommes amenés à réaliser concernent donc les cours d’eau de 2e catégorie.

NPLN – Comment fonctionne alors l’entretien ordinaire sur les 3e catégorie ?

NF – Depuis 2017, nous avons fait le tour de toutes les communes pour identifier leurs besoins. Nous avons réalisé les interventions demandées, et aujourd’hui, nous fonctionnons à la demande. Quand une commune rencontre un problème sur un cours d’eau de 3e catégorie et que ses services ne peuvent pas intervenir, faute, par exemple de matériel adéquat, elle peut nous appeler. Si cela relève bien de l’entretien ordinaire, nous prenons en charge l’intervention.

Il s’agit souvent d’arbres menaçants lors de grands vents pour des lignes électriques, ponts, voiries, maisons que nous allons couper ou rabattre à la demande.

NPLN – Et l’environnement dans tout cela, on s’en occupe encore?

NF – Oui, clairement.  Depuis toujours, tous les projets que nous menons poursuivent un double objectif. Ils doivent réduire le risque d’inondation et ils ne peuvent en aucun cas créer de nouveaux obstacles à la libre circulation de l’eau, des poissons et des sédiments. Et même mieux, quand on va restaurer le lit majeur d’un cours d’eau – lever les seuils, restaurer l’écoulement – on va aussi restaurer des zones humides. Donc oui, l’action environnementale reste pleinement intégrée.

NPLN – Dans ce cadre-là, y a-t-il des actions concrètes en cours?

NF – Comme je l’indiquais, tous les projets que nous réalisons aujourd’hui apportent une amélioration environnementale. Leur vocation première est certes de diminuer les inondations, mais ils visent aussi à améliorer le cours d’eau dans son ensemble. Prenons un exemple très concret : le Frizet. Sa remise à ciel ouvert représente un changement majeur. Entre un cours d’eau enfermé dans un tuyau en béton sous un talus de dizaine de mètres de haut et un cours d’eau qui retrouve un tracé à ciel ouvert, la différence est énorme. D’un point de vue hydraulique, cela permet de réduire les risques d’inondation pour des habitations. Mais d’un point de vue biologique, c’est une véritable renaissance. On restaure donc à la fois la sécurité des riverains et la fonctionnalité écologique. Dans un tuyau, il n’y a aucune vie ; à ciel ouvert, tout un écosystème peut se réinstaller.

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Pour bien saisir de quoi on parle…

Petit rappel, histoire de se rafraîchir la mémoire et de bien comprendre de quoi il est question.  Un cours d’eau s’écoule toujours dans son lit mineur. En cas de crue, l’eau monte, s’étale et déborde dans son lit majeur.

Et le domaine public ? C’est le lit mineur. Dès qu’on est au-delà du lit mineur à partir de la crête de berge du cours d’eau (le point le plus haut de la berge, le ‘’rebord’’ du cours d’eau), on se trouve sur des parcelles cadastrales privées. On quitte donc le domaine public.

Moins souvent, moins important

Les gestionnaires de cours d’eau sont responsables de l’écoulement de l’eau dans le lit mineur. Mais les humains se sont largement implantés dans le lit majeur, la zone que l’eau envahit en cas de crue. Il faut souligner qu’il est tout à fait normal, en cas de crue, qu’un cours d’eau s’étale dans son lit majeur et qu’on ne pourra jamais l’en empêcher. Les travaux menés aujourd’hui et ceux qui le seront demain visent à diminuer la hauteur d’eau dans le lit majeur et la fréquence avec laquelle le cours d’eau sort de son lit mineur…