Il faut boire. Boire beaucoup… d’eau. On le sait. La chose est dite, redite, et encore répétée. Est-ce pour autant qu’on le fait ? Pas si sûr… Et ce qui est vrai à la ville pour les adultes l’est aussi à l’école, pour les plus jeunes. En 2012, une étude révélait qu’environ deux tiers des élèves débutaient leur journée scolaire dans un état de déshydratation subclinique – on ne la voit pas encore, mais elle est bien là. Et ce n’est pas sans conséquence. Y compris sur les apprentissages. Les équipes PMS/PSE – service psycho-médico-social – promotion santé à l’école – de la Province de Namur se sont saisies de cette problématique importante. Elles ont mené l’enquête. Elles posent au quotidien des gestes concrets. Et, de la théorie à la pratique, s’attellent à transformer le besoin en eau en véritable outil pédagogique.
Elles profitent des bilans de santé – et du moment passé en salle d’attente – pour rappeler aux écoliers toute l’importance de boire régulièrement. Quand elles passent dans les classes, elles incitent les élèves à s’hydrater, encourageant au passage une mise à disposition d’eau « à volonté ». Deux exemples tirés du quotidien des équipes PMS/PSE. Des petits gestes concrets qui n’ont d’autre but que d’intégrer la consommation régulière d’eau dans le cadre scolaire. Faire en sorte que cela devienne plus qu’une habitude, un réflexe.
DE l’enquÊte À l’Action
Et on est souvent loin du compte. Pourquoi les élèves ne boivent-ils pas suffisamment à l’école, un lieu où ils jouent, apprennent, pratiquent une activité physique… (et donc aussi perdent de l’eau) ? C’est la question centrale à laquelle les équipes de santé scolaire provinciales ont tenté de trouver une réponse à travers de nombreuses lectures, des observations menées sur le terrain, mais aussi des échanges avec les jeunes et leurs enseignants. Elles les ont interrogés lors de visites médicales, des animations ou encore de visites de bâtiments scolaires menées dans le cadre de leur travail.
Peu à peu, une évidence s’est dessinée : si les élèves ne boivent pas assez, ce n’est pas un manque de volonté, mais la combinaison d’obstacles matériels, organisationnels ou culturels.
L’enquête a ainsi permis d’identifier une série des freins très concrets à une bonne hydratation : robinets trop petits pour remplir une gourde, éviers encombrés de matériel de bricolage, sanitaires malodorants ou trop éloignés, interdiction de boire ou de se rendre aux toilettes pendant les cours, résistance à boire de l’eau (le goût, le manque d’habitude…)… et souvent le simple oubli. Les élèves n’y pensent tout simplement pas.
Et des constats, on est logiquement passé à l’action et la volonté de sensibiliser. Comment ? La rédaction du nouveau projet de service des équipes provinciales de santé scolaire a permis de structurer les réflexions et étendre – voire pérenniser les actions. Passer de la théorie à la pratique. Transformer le besoin en eau en véritable outil pédagogique.
Montrer l’exemple
Et le meilleur moyen d’éviter la déshydratation est bien sans doute de montrer l’exemple. Cela passe aussi par la compréhension des bénéfices d’une hydratation adéquate : un cerveau bien hydraté est un cerveau plus réactif. Rien de tel qu’une « pause eau » avant chaque début de cours pour améliorer les performances cognitives. Boire régulièrement évite le « coup de barre » et les maux de tête de fin de journée, signe que le système nerveux est en alerte.
Certaines écoles se sont déjà engagées dans la dynamique, par exemple en adaptant un évier en une fontaine à eau du robinet plus attrayante. Des outils sont là pour donner inspiration et coup de pouce. C’est le cas de l’étude « Drink – Buvons autrement » (ULB) qui vise à favoriser la consommation d’eau du robinet à l’école. C’est le cas encore du programme « Ne tournons pas autour du pot ! », initié par le Fonds BYX (géré par la Fondation Roi Baudouin) et mené en partenariat avec l’ASBL Coren qui, chaque année, accompagne des écoles dans la mise en place d’un projet d’amélioration de leurs espaces sanitaires.
En bref : créer un environnement où l’eau est visible, accessible et encouragée, c’est déjà aider les élèves à mieux apprendre. Les résultats d’études et autres initiatives le montrent d’ailleurs : un environnement propice à la consommation d’eau aide les enfants en âge scolaire à s’hydrater suffisamment, ce qui se traduit par de meilleures performances cognitives, en particulier au niveau de la mémoire à court terme. Les équipes PMS/PSE soutiennent l’intégration de l’hydratation dans les politiques de santé scolaire comme un des leviers majeurs pour optimiser l’apprentissage.
Garder sa gourde à portée de main n’est pas qu’une question de santé, c’est le meilleur atout pour rester alerte et performant.
COMPRENDRE L’ENJEU
La consommation quotidienne de boissons sucrées reste élevée en Belgique, on le sait. Et on sait, de la même manière, qu’elle va de pair avec une prise de poids et des caries dentaires (1). Ce qu’on ignore plus souvent, c’est qu’environ deux tiers des élèves débutent leur journée scolaire dans un état de déshydratation (2) – imperceptible, comme cela, mais pourtant bien réelle.
Rien de grave ? La situation peut en fait déjà affecter leurs capacités de mémoire et d’attention. Les études montrent qu’une déshydratation, même minime (seulement 1 % à 2 % de perte d’eau corporelle), entraîne une diminution des compétences lors des tests de concentration et de mémoire (3). Et ce avant même que la sensation de soif se fasse sentir, car la déshydratation survient avant…
Dans le corps humain, l’eau est présente partout. Le cerveau est ainsi composé d’environ 80 % d’eau. Chaque jour, il faut compenser les pertes d’eau liées à la transpiration, la respiration, les fonctions naturelles, mais aussi celles survenant lors de fortes chaleurs, une activité physique ou liée à la croissance. Et donc boire.
L’hydratation journalière (qui inclut l’eau, les autres boissons et les aliments) varie selon l’âge (4) : ils sont estimés à 1 600 ml pour les enfants de 4 à 8 ans, à 1 900 ml pour les filles de 9 à 13 ans et à 2 100 ml pour les garçons du même âge. Dès 14 ans, l’apport quotidien adéquat est le même que pour les adultes, à savoir 2000 ml pour les femmes et 2500 ml pour les hommes.
(1) https://www.mangerbouger.be/pro/drink-buvons-autrement-une-etude-dintervention-en-ecoles-primaires-francophones
(2) French children start school day with a hydration deficit ; Bonnet F et al. ; Ann Nutr Metab 2012 ; 60(4):257-63
(3) Hydration, mood, and cognition in primary aged school children in the United Kingdom. Chiswell, K., Smith
(4) Guggenbuhl N., Hydratation de l’enfant un défi méconnu, Food in Action n° 20, Septembre – Novembre 2013