Le secteur évolue, le bac agro s’adapte

Entre transition écologique, évolution des pratiques, défis croissants et nouveaux débouchés, l’agronomie recouvre des réalités de plus en plus pointues et diversifiées. D’où la nécessité de s’adapter. Et ce qui est vrai pour le secteur lui-même l’est tout autant pour la formation. À la haute école provinciale (HEPN), on en est bien conscient. Et si l’approche scientifique reste au cœur des bacheliers agro, les programmes n’en ont pas moins été revus, faisant toujours la part belle à l’ancrage dans le terrain. Explications avec Thibault Fiasse, directeur du département des sciences agronomiques et ingénierie biologique de la HEPN.

Namur Province la News (NPLN) – Comment former aujourd’hui les futurs professionnels de l’agronomie ?

Thibault Fiasse (TF) – Au sein de la HEPN, l’agronomie est envisagée comme une approche approfondie des sciences du vivant dans toute leur richesse : comprendre les animaux, les plantes, les sols, les interactions entre eux et les écosystèmes.

Cette vision s’inscrit dans un domaine aujourd’hui particulièrement vaste, qui englobe un large éventail de métiers dans l’agriculture, l’environnement, l’agroalimentaire, la santé, la chimie verte ou encore les secteurs para-agricoles, particulièrement dynamiques en Belgique. Cette diversité reflète les transformations profondes du secteur, confronté à des enjeux tels que le changement climatique, la transition écologique ou encore la souveraineté alimentaire.

Dans ce contexte, les formations doivent préparer les étudiants à évoluer dans des environnements professionnels variés et changeants. À la HEPN, le bachelier en agronomie entend répondre à cette réalité par une approche résolument pragmatique. Celle-ci s’articule autour d’un socle scientifique large et d’un contact étroit avec le terrain.

Concrètement, cette approche se traduit par un ensemble d’activités, qui viendront émailler les trois années de formation : sorties, visites d’entreprises, stages et même le développement de projets. Les étudiants du bloc 3  du bac agro (orientation biotechnologies et ressources agroalimentaires) ont eu à relever un défi de taille : concevoir des « fakefoods » — comprenez des aliments innovants inspirés de produits existants, mais repensés autrement. Les créations de cette édition : un café… sans café et une pâte à tartiner… sans chocolat.

Autre exemple ? Dans le cadre du cours de zootechnie, les étudiants ont eu droit à un atelier d’éthologie. Leur mission : observer et analyser les comportements (sociaux, territoriaux, communication, alimentation, déplacements) des vaches holsteins qui constituent le troupeau laitier de l’Epasc (école provinciale d’agronomie et des sciences de Ciney) voisine.

À cela s’ajoutent des visites. Les étudiants finalistes de trois bacheliers en agronomie ont passé une journéechez HesbayeFrost. Au programme : rencontres avec des experts en sélection variétale, découverte des solutions de traitement des déchets et immersion dans la réserve naturelle du site. Preuve s’il en fallait que l’agronomie est un domaine vaste, concret et interconnecté, où la gestion des productions végétales et de leurs transformations agroalimentaires, l’épuration des eaux usées, et la préservation de la biodiversité se répondent et se complètent au quotidien.

Des stages de terrain viennent également compléter les apprentissages. Cette année, c’est à  Vierves-sur-Viroin que les étudiants se sont penchés sur la richesse  – discrète, mais essentielle – de notre écosystème: analyse des sols, compréhension de leur composition, observation des lichens (précieux indicateurs de la qualité de l’air), les gestes pour mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds.  

Ces dispositifs viennent ancrer les cours dans le concret. Ils visent à confronter rapidement les étudiants aux réalités professionnelles, afin de donner du sens aux apprentissages et de mieux préparer leur insertion sur le marché de l’emploi ou la poursuite d’études en master scientifique.

NPLN – Comment le bachelier en agronomie reste-t-il en phase avec les réalités du terrain et les attentes du secteur ?

TF – Rester en phase avec le secteur suppose une remise en question régulière des contenus de formation. En agronomie, les pratiques, les attentes sociétales et les technologies évoluent rapidement, ce qui impose une adaptation continue des contenus pédagogiques, nourrie notamment par les retours du terrain et les liens entretenus avec les milieux professionnels.»

À la HEPN, cette attention au terrain se traduit aussi par les conditions d’apprentissage. Le bachelier en agronomie entame ainsi sa troisième rentrée sur le nouveau campus de Ciney, entièrement dédié aux sciences de la vie. Cet outil pédagogique à part entière offre aux étudiants des infrastructures modernes, des laboratoires scientifiques spacieux et des espaces de travail adaptés, renforçant les liens entre enseignements théoriques et pratiques. Il est un véritable atout pour la formation des futurs acteurs du monde agronomique.

NPLN – Certaines des modifications apportées visent précisément la première année…

TF – La transition entre l’enseignement secondaire et supérieur constitue un cap souvent délicat pour de nombreux étudiants. Certes, notre structure à taille humaine permet à chacun d’être rapidement connu et accompagné, ce qui constitue indiscutablement un atout majeur pour relever ce défi. Et l’enjeu est de taille. Aussi avons-nous décidé de mettre en place des dispositifs pédagogiques spécifiques pour soutenir les étudiants dès leur arrivée.

Depuis deux ans,  de nouvelles unités d’enseignement ont été introduites dans le programme. Ces activités permettent aux étudiants d’acquérir des outils concrets pour organiser leur travail, comprendre les exigences de l’enseignement supérieur et renforcer leurs bases scientifiques. Elles les placent aussi très tôt dans une démarche proactive de réflexion sur leur futur métier d’agronome, en les invitant à explorer la diversité des secteurs et des débouchés dès la première année. Cette approche encourage la curiosité, la découverte de la richesse du métier et le développement d’une motivation durable pour les études, tout en s’inscrivant dans une dynamique d’amélioration continue qui sera encore renforcée dans les années à venir.