Objectif : accrochage scolaire

Aider les jeunes en perte de repères à reprendre le chemin de l’école ou des formations, tel est l’objectif d’Amarrages+, un appel à projets cofinancé par le FSE (fonds social européen) auquel l’Ipes (institut provincial d’enseignement secondaire) d’Andenne a eu raison de répondre. Depuis septembre 2022, Lindsay Simon et Océane Colson (aujourd’hui remplacée par Perrine Barzin) ont rejoint les rangs provinciaux. Leurs missions – telles que décrites par les instances européennes : assurer un accompagnement des jeunes en situation d’absentéisme, de décrochage ou d’abandon scolaire et apporter une aide aux acteurs concernés par un travail en partenariat. On en parle avec Lindsay Simon.  

Namur Province la News (NPLN) – C’est quoi Amarrages ?

Lindsay Simon (LS) – Déjà ce sont deux boules d’énergie qui œuvrent à un projet d’accrochage scolaire… On va plutôt effectivement plutôt parler d’accrochage que de décrochage, qui est une notion assez dévalorisante. Parler du positif amène du positif. Plus les choses seront positives et plus il y aura de résultats.

NPLN – Et concrètement ?

LS – Notre mission comprend trois grands axes : une approche individuelle, un travail collectif et une collaboration avec différents services dits de première ligne – NDLR : c’est-à-dire des services concernés par la problématique et qui sont au contact de la population – comme les PMS (centres psycho-médico-sociaux) ou encore les AMO (services d’aide en milieu ouvert).  

NPLN – C’est important ce contact, ce travail avec d’autres services ?

LS – Cela permet en tout cas d’offrir au jeune un soutien et un suivi adaptés, sans qu’il y ait trop d’intervenants qui gravitent autour de lui, ce qui deviendrait contreproductif. Par ailleurs, ces contacts permettent l’échange d’informations qui à un moment donné pourraient s’avérer précieuses pour les jeunes, mais aussi une meilleure connaissance de ces services vers lesquels nous serons peut-être amenées à les orienter. Sans compter le fait qu’on puisse organiser ensemble des animations. Et parlant de collaboration, il ne faut pas oublier les écoles et leurs équipes pédagogique et éducative avec lesquelles nous travaillons main dans la main. 

NPLN – Les contacts individuels avec un jeune doivent représenter une part importante de votre emploi du temps…

LS – L’un dans l’autre, approche individuelle et travail collectif, c’est du 50-50. Alors évidemment, si on souhaite raccrocher un jeune à l’école, il faut pouvoir le rencontrer plusieurs fois. C’est très important de faire sa connaissance, de découvrir sa vision du monde, de l’école ou encore de la société, mais aussi comment il se voit dans cinq ou dix ans. C’est cela, le projet scolaire et ça se travaille aussi, ne serait-ce qu’en lui disant à un moment donné qu’il a la possibilité d’aller visiter différentes écoles, de passer des tests d’orientation auprès du PMS…

NPLN – Qu’en est-il de l’approche collective ?

LS – Là, on va travailler avec une classe ou un groupe d’élèves dans le cadre d’une démarche qui sera souvent axée sur le bien-être à l’école. Il s’agira, par exemple, de réintégrer un jeune qui a été absent pendant un long moment, parce qu’il a été hospitalisé et ensuite en convalescence… Petite parenthèse : décrochage ne signifie pas nécessairement ne pas être en classe… Et pour ce faire, on va travailler avec toute la classe ou un petit groupe, avec toutes les personnes qui gravitent autour du jeune. Cette dynamique va dans un premier temps avoir pour objet de recréer une bonne ambiance… Et d’apporter ou de renforcer une cohésion, de faire que chacun ait finalement envie d’appartenir au groupe… et d’être en classe, en fait.

NPLN – Donc en fait, quand vous parlez d’animation dans les classes, c’est déjà un travail de réintégration du jeune. Ce n’est pas un travail de prévention ?

LS – Si également. L’ambiance crée de la démotivation. Et donc, dès le premier degré, on va venir en classe pour mettre en place des brise-glace afin que les élèves apprennent à se connaître, que personne ne reste exclu du groupe et, très important, que chacun respecte l’autre. Et là, on est vraiment dans l’axe « éviter un décrochage potentiel ». On travaille tout ce qui est coopération, entraide et, comme déjà évoqué, respect… Et donc, en fait, des notions qui accompagneront les jeunes toute leur vie.

NPLN – Ces animations, quelles sont-elles ?

LS – C’est très diversifié, mais le principe, c’est de faire quelque chose de différent du scolaire. On va les sortir de leur cadre qui est un peu trop conventionnel à leur goût et aller faire, par exemple, du roller. Mais cela peut aussi être des espaces de parole sur un sujet qu’ils et elles ont envie d’aborder. Cela peut être des jeux. Il nous est même arrivé de leur demander de nous animer… En expliquant en tout temps que c’est important d’aller à l’école, d’avoir des diplômes… On ne perd pas de vue tout cela et c’est par ces animations qu’on va, notamment, pouvoir les orienter vers un PMS.

C’est interpellant d’entendre dire « Je m’en fous d’avoir mon CE1D – NDLR : le diplôme de 1er degré. Si je ne l’ai pas, j’irai directement en 3e professionnelle. On ne se rend pas compte, à 13 ou 14 ans, que cela ferme des portes. Et donc le PMS va mettre en place des animations sur l’orientation dans le 1er degré.

NPLN – Et en ce qui concerne votre champ d’action ?

LS – Il s’étend aux quatre implantations de l’Ipes : l’Emap (école des métiers et des arts de la Province) et l’Epsi (école provinciale de soins infirmiers) à Namur, ainsi que l’Epeeg (école provinciale d’élevage et d’équitation de Gesves) et l’Espa (école secondaire provinciale d’Andenne). On travaille de la 1re à la 6e année, même si nos interventions sont plus rares dans le 3e degré, et avec un projet, une approche qui va immanquablement différer selon les écoles. Les réalités n’y sont pas les mêmes. Les élèves de l’Epeeg sont internes ; ceux de l’Epsi sont adultes et comprennent énormément de ressortissants français.

NPLN – Cela veut dire que votre mission d’accrochage scolaire s’inscrit dans une approche sociale ou psychosociale plus large ?

LS – Quand on analyse d’un point de vue micro (individuel), méso (au niveau du groupe) et macro (en rapport avec les services qui gravitent autour de l’élève), on peut voir qu’il y a beaucoup de facteurs qui peuvent favoriser le décrochage scolaire : problèmes familiaux, problèmes financiers, malaise, hospitalisations (suite à des dépressions, des troubles psychotiques ou psychiatriques), démarches administratives qui sont longues, souci d’orientation, école qui ne plait pas, disputes entre pairs, manque de motivation, mais également le fait de ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir. On le constate souvent chez nos jeunes : il n’y a pas de perspectives au-delà de l’ici et maintenant. Pas de projets. Il y a eu une grosse fracture souvent due à la Covid qui est vraiment venue souligner un grand mal être chez les jeunes.

NPLN – Si vous deviez pointer quelque chose qui vous semble vraiment très important dans votre travail, ce serait quoi ?

LS – Imaginez deux élèves qui font une dépression. L’un décide qu’il va continuer l’école et s’accrocher, l’autre choisit de se faire hospitaliser parce qu’il n’en peut plus. Notre travail sera aussi de ne pas juger ni moraliser la personne qui décide sa marche par rapport à sa dépression. Et donc l’important, c’est aussi de rester neutre et clairvoyant. On est d’office obligées de travailler avec ce que le jeune et(ou) sa famille amènent ou apportent. Je dirais qu’ils amènent les briques et nous, le ciment pour que le tout tienne correctement. Et parfois, on sera amené à faire appel à un autre service parce qu’on a besoin de joints. C’est un travail de co-construction : on sait tous des choses, on a tous des choses à s’apporter mutuellement. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de recette. C’est du travail au cas par cas et on essaye de s’assurer la collaboration de tous.

NPLN – Est-ce que vous avez une obligation de résultats ?  

LS – Non, mais il faut quand même montrer qu’on a y a mis tous les moyens. Notre directeur, monsieur Buschen, espère voir diminuer le nom de jeunes en décrochage scolaire… tout en sachant très bien qu’on ne peut pas « sauver » tout le monde. Quand nous sommes arrivées, il y avait quatre cas avérés. Trois jeunes sont revenus à l’école, puis le quatrième. Et nous sommes contentes d’avoir pu les accompagner, eux et tous les autres, dans la poursuite de leur projet.