Antonin, l’artisan provincial du Web

Content first. Le contenu d’abord. C’est la devise qu’Antonin Kaminski applique depuis près de vingt ans. Son métier ? Concevoir des sites Web : les imaginer, les dessiner, les structurer… sans jamais perdre de vue celles et ceux qui viendront y chercher une information. «  Je préfère mille fois un site où je trouve l’info en deux secondes qu’un site spectaculaire où l’on ne sait pas où cliquer », dit-il d’emblée. C’est cet état d’esprit qui a guidé la création du nouveau site de la Province de Namur. Une interface claire et fluide. Résolument orientée utilisateur.

Quand on la découvre, comme cela, au premier regard, on n’imagine pas nécessairement le travail minutieux et patient qu’il aura fallu déployer pour aboutir à cette belle nouvelle vitrine de la Province de Namur. C’est qu’elle brille par sa simplicité. Pas celle qui se contente du minimum, non, loin de là. Celle qui permet de rendre les choses claires. Accessibles. Efficaces. Une simplicité tout apparente, mais qui repose sur une bonne dose de volonté, de compétences et de talent. Et parmi les principaux artisans de ce nouvel outil numérique provincial, il y a donc Antonin Kaminski, qui a rejoint le giron provincial et le Sit – le service de l’informatique et des télécommunications – en 2019.

Je préfère mille fois un site où je trouve l’info en deux secondes qu’un site spectaculaire où l’on ne sait pas où cliquer

Formé au Web Design à la haute école Albert Jacquard, Antonin s’est d’abord lancé comme indépendant avant de passer près de dix ans dans un centre de formation. Il y accompagnait des apprenants, transmettait son savoir-faire et construisait des projets numériques en parallèle. Son expérience s’enrichit de deux années dans le domaine de la qualité et du marketing digital, l’ancrant davantage encore dans la recherche d’outils clairs, cohérents et utiles.

Du Delta à la Mado : une diversité de terrain

À son arrivée à la Province de Namur, le webdesigner a eu à relever un premier défi : concevoir le site du Delta, espace culturel provincial. Un travail où l’on partait de rien, où tout était à imaginer, à structurer et à construire. Depuis lors, les missions se sont enchaînées, souvent simultanément – Antonin en mène souvent 4 ou 5 de front. Il a conçu, rénové ou accompagné de nombreux sites aux profils différents : écoles, musées, initiatives culturelles, projets européens… Des univers multiples, mais qui demandent toujours la même chose : structurer un contenu dense et le mettre à portée de chacun. Deux réalisations viennent ainsi d’être mises en ligne à quelques jours d’intervalle : le nouveau site de la Mado – la Maison de l’adolescent – et celui de la Province de Namur. Deux exemples de l’approche qu’il a faite sienne et qu’il résume en un leitmotiv : « Le contenu d’abord. Toujours. »

« Avant, on imaginait une structure et on faisait entrer le contenu dans le moule », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, c’est le contenu qui guide la structure. » Antonin se met devant les textes, les documents, les images… Ce sont eux qui déterminent la manière dont l’ensemble prendra forme en ligne. « Je commence toujours par la page la plus complexe – celle qui contient le plus d’informations et qui concentre le plus grand nombre de contenus différents», poursuit-il. Pratiquement, il la construit d’abord en wireframe, un squelette en « fil de fer » dépourvu de toute couleur ou image, qui va permettre de s’assurer que tout tient debout, avant d’ajouter la couche graphique. « Si une page fonctionne sans couleur, à nu », indique-t-il dans un sourire, « elle fonctionnera dans sa version finale, une fois habillée. »

Un design au service de l’information

Et l’habillage, parlons‑en. On y retrouve bien sûr les couleurs et repères de la charte graphique, mais le champ reste largement ouvert. Place à l’imagination, à la créativité. Une créativité qui, chez Antonin, rime avec simplicité. Car il en est profondément convaincu : un bon site est d’abord celui qui sert l’information, pas celui qui cherche à en mettre plein la vue.

 Avant, on imaginait une structure et on faisait entrer le contenu dans le moule. Aujourd’hui, c’est le contenu qui guide la structure.

À ses yeux, une interface n’a pas à afficher une « patte » ou une signature personnelle. « C’est d’ailleurs une vraie différence entre un artiste et un webdesigner », explique‑t‑il. « L’un s’exprime, l’autre trouve des solutions, il rend les choses lisibles. Je ne dois pas être visible : c’est le projet qui doit l’être. Ce qui doit être mis en avant, ce n’est pas moi : c’est l’information, et rien d’autre. »

Quand l’usage prime sur l’effet

Le choix est clairement assumé : ne jamais chercher l’effet “waouw”, mais toujours la facilité d’usage. Ce principe, qui pourrait sembler austère, est en réalité profondément pragmatique. Dans l’approche d’Antonin, l’esthétique ne vient jamais avant l’usage. Elle le soutient, le clarifie, l’accompagne — sans jamais prendre le dessus.

« Je ne crée jamais un élément graphique s’il n’a pas d’utilité », répète‑t‑il. « On peut imaginer un très chouette décor, mais si celui‑ci vient brouiller la lecture, on le retire. De même, une image pertinente vaut mieux qu’une débauche d’illustrations. Le Web n’est pas un espace où l’on accumule les visuels. »

Voilà pour ce que l’on ne fait pas. En revanche, le webdesigner introduit dans ses pages une uniformité qui permet aux utilisateurs d’acquérir des repères, tout en conservant suffisamment de variété pour éviter la monotonie. De petits choix qui dessinent une identité graphique discrète mais cohérente, et qui rendent le site immédiatement compréhensible, quel que soit l’endroit où l’on entre.

Face aux défis

Dans le cadre du nouveau site provincial, cette philosophie prend toute sa dimension. Antonin a dû jongler avec des contenus très variés, provenant de services aux métiers parfois complexes. Il a fallu organiser des pages pour qu’elles restent harmonieuses, alors que certains secteurs disposent de beaucoup d’informations et d’autres de très peu. Il a fallu décliner, adapter, ajuster, parfois revoir une structure une fois les contenus injectés. Il a fallu aussi composer avec les normes d’accessibilité, aujourd’hui obligatoires, et particulièrement exigeantes — elles restreignent fortement les libertés graphiques, au point que certaines couleurs, comme le jaune ou l’or, se révèlent difficilement utilisables. Mais dans ce domaine, Antonin ne transige pas : il teste tout, et, au besoin, il adapte.

À 41 ans, Antonin aborde son métier avec une passion intacte. « J’aime ce que je fais, profondément », dit‑il. « Je ne suis pas blasé. Mon métier me passionne. »

Ce qu’il apprécie, ce n’est pas seulement l’aboutissement d’un projet — même si ce moment reste particulier — mais tout ce qui le précède : les lignes de code qui s’emboîtent, les logiques internes qui doivent converger, les ajustements invisibles qui rendent une navigation fluide. C’est là son terrain de jeu autant que son domaine d’expertise.

Les usages évoluent, notamment avec le mobile, et il sait que la durée de vie d’un design dépend de sa sobriété. Le minimalisme actuel lui convient parfaitement : il correspond à son envie de mettre le contenu au centre, de réduire le bruit visuel et de proposer des outils lisibles dans la durée.

Il sait aussi que la conception d’un site prend du temps — souvent beaucoup plus que ce que l’on imagine. Et ce temps est normal. Créer un bon site, ce n’est pas poser un décor. C’est articuler en permanence trois dynamiques : celles du concepteur, du service commanditaire et de l’utilisateur final. Trouver le point d’équilibre entre ces trois regards est l’une des parties les plus délicates de son métier.

Le nouveau site provincial porte clairement cette recherche d’équilibre. Il est plus lisible, plus accessible, adapté aux usages mobiles — et il faut bien le dire, l’ancien site était plus limité sur ce plan. Pas de vidéo qui démarre de manière intempestive, pas de surcharge graphique, pas de décor intrusif.

« Mon objectif, c’est vraiment que ce soit équilibré », répète Antonin. « La refonte de la vitrine de la Province de Namur sur le Web devait concilier évolutions techniques, usages mobiles et besoins propres à chaque service. Franchement, je pense que le site répond à l’attente première du projet : simplifier, rendre accessible, épurer tant graphiquement qu’au niveau des contenus. Je pense que le site est vraiment bien. Que ce qu’on a fait est bien. »