Synapses, l’exposition née des ateliers de l’Emap

À l’Emap – l’école des métiers et des arts de la Province de Namur –, on estime essentiel de valoriser le travail des élèves. Prendre part à Chambres avec vues s’est imposé comme une évidence : le parcours d’artistes de Namur constitue une merveilleuse opportunité de montrer leur production au plus grand nombre. Jusqu’au 8 avril, la galerie du Beffroi accueille Synapses. L’exposition est l’aboutissement d’une semaine d’ateliers artistiques, et les créations qu’elle donne à voir en témoignent : ces jeunes ne manquent assurément pas d’imagination et ont bien du talent. 

Le choix du titre n’est pas anodin. « Les synapses, ce sont des connexions», souligne Clarisse Delchambre, professeure de mode et création et commissaire de l’exposition. « Et les connexions sont très importantes dans le milieu de l’art. » Elles sont même au centre de toute démarche artistique : connexions entre élèves, entre disciplines, entre sources d’inspiration, entre gestes et matières… Elles figurent aussi, last but not least, la rencontre du public avec une œuvre ou un artiste (Et vice-versa). Et ce que le public est amené à découvrir ici dépasse largement l’exercice pédagogique : Synapses est une véritable expérience immersive, pensée comme une traversée du processus créatif. 

« Notre point de départ, c’est que tout peut être source d’inspiration »

« L’idée de Synapses, c’est de travailler sur l’esprit créatif, ou plus exactement sur le cheminement d’une idée », explique l’enseignante. « Nous voulions aussi proposer une exposition immersive, une exposition dans laquelle le public se balade à travers un espace où les idées se matérialisent, se croisent, se répondent… Une exposition dont il devienne véritablement l’acteur. » 

« Notre point de départ, c’est que tout peut être source d’inspiration », poursuit-elle. « D’où la présence d’une bouche, d’un nez, d’yeux… dans l’exposition. Parce que l’inspiration peut être gustative, olfactive, visuelle… Toutes ces impressions viennent nourrir une œuvre et sont vraiment à la base du processus créatif. » 

Depuis près de trente ans, l’équipe pédagogique de l’Emap organise des ateliers parascolaires, des parenthèses créatives où les élèves – toutes sections et tous niveaux confondus – se mélangent et ont la possibilité de se frotter à des disciplines avec lesquelles ils ne sont peut-être pas familiers. Objectifs : leur offrir une ouverture artistique, élargir leurs horizons, leur permettre d’approcher d’autres métiers et de rencontrer des professionnels invités pour l’occasion. « Un plus indéniable »,  insiste la commissaire, « parce que – on y revient encore – cela crée des connexions, et dans le milieu artistique, elles sont essentielles, autant pour les profs que pour les élèves. » 

On a essayé d’être vraiment pluridisciplinaires, y compris avec des pratiques qu’on ne retrouve pas dans les cours

Une semaine durant, les jeunes s’essaient ainsi à des pratiques qu’ils ne croisent pas nécessairement dans leur cursus. Un public mixte, tant par l’âge que par l’expertise, qui nécessite qu’on s’adapte. Difficile, par exemple, d’envisager la confection d’un vêtement avec « des mains qui n’ont jamais tenu une aiguille ». Qu’à cela ne tienne : la création textile est bien présente dans l’exposition, réinventée sous la forme d’un jeu de miroirs et de cadres en bois – à taille humaine – où s’entrelacent des traits. Et, au final, une installation qui invite le visiteur à, littéralement, se projeter, se glisser, voire se mettre en scène dans l’esquisse d’un ou d’une styliste. 

Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. L’exposition explore une multitude de domaines : dessin, couleur, peinture, sculpture, gravure sur bois… On y trouve aussi de nombreux éléments scénographiques, de la vidéo, du son, de la lumière… « On a essayé d’être vraiment pluridisciplinaires, y compris avec des pratiques qu’on ne retrouve pas dans les cours », précise Pierre Lefebvre, professeur de dessin à l’Emap et commissaire de l’exposition. « Cela sert à ouvrir l’esprit créatif des élèves, mais aussi à les sortir de leurs habitudes. À montrer que la pratique artistique ne se limite pas à ce qu’on apprend en classe, qu’elle peut se trouver dans d’autres choses parfois inattendues. Et cela permet aux élèves de se découvrir : ce qu’ils aiment, ce qu’ils aiment moins. » 

L’enjeu n’est pas seulement artistique. « Prendre part à Chambres avec vues confronte les élèves à une réalité professionnelle : travailler dans un temps court, avec une obligation de résultat qui est, à l’arrivée,  de monter une vraie exposition », indique Pierre Lefebvre. « Et il y a une autre implication : ils apprennent que les arts ne sont pas seulement un plaisir ou un loisir. C’est aussi un métier, avec des exigences, des demandes, une rigueur. » 

Pour l’équipe pédagogique, valoriser ce travail est indispensable. « C’est très important pour eux de pouvoir montrer ce qu’ils ont réalisé, surtout après une semaine aussi intense », souligne encore Madame Delchambre. « À l’Emap, nous mettons vraiment un point d’honneur à cette mise en lumière : journées portes ouvertes (les 23 mai et 6 juin, de 13 à 18 heures), défilé de fin d’année pour la section mode, exposition pour les sections artistiques… » Autant d’occasions de célébrer l’aboutissement d’un travail acharné et de donner aux jeunes une expérience concrète, formatrice et stimulante. Synapses s’inscrit dans cette logique, offrant aux élèves une vitrine et au public un aperçu vibrant de leur créativité. 

Synapses est à voir jusqu’au 8 avril, à la galerie du Beffroi (rue du Beffroi 13 – 5000 Namur) – Accès libre du mardi au samedi de 11 à 18 heures et de 12 à 18 heures, le dimanche. Fermé le lundi.