Le vieillissement de la population n’a rien d’un scoop. On vit plus longtemps, on fait moins d’enfants… Une tendance qui se confirme partout en Europe. La province de Namur n’y fait pas exception. Mais derrière cette évidence se cache une réalité plus nuancée, plus locale, et parfois plus urgente. Les projections le montrent : le phénomène va s’accentuer. Et ne sera pas sans conséquence.
Les données statistiques du vieillissement ont été présentées par le SOPDT (service de l’observation, de la programmation et du développement territorial) à l’entame d’une matinée de travail organisée conjointement par le gérontopôle provincial et les quatre services d’aide aux familles et aux aînés actifs sur le territoire (Spaf, ADMR, ASD et CSD). Une matinée qui a rassemblé une cinquantaine de personnes (membres de collèges communaux, présidentes et présidents de CPAS…) autour des enjeux du vieillissement et du rôle des communes dans le soutien à domicile.
En province de Namur, le vieillissement de la population n’est pas seulement visible : il s’accentue. Les projections sont claires. Les générations du baby‑boom atteindront bientôt les 80 ans. La demande en soins et en accompagnement augmentera mécaniquement. Un mouvement déjà perceptible aujourd’hui, et qui devrait prendre de l’ampleur dans les années à venir.
Une province qui vieillit plus vite que la moyenne
Pour mesurer ce vieillissement, un indicateur simple suffit : comparer le nombre de seniors au nombre de jeunes. En 1995, la province de Namur comptait 60 personnes de 65 ans et plus pour 100 jeunes de moins de 20 ans. En 2025, les deux groupes sont pour ainsi dire au coude à coude. Et « après-demain », en 2080, les projections annoncent 200 seniors pour 100 jeunes, là où les chiffres wallons tournent autour de 160. Autrement dit, la province de Namur vieillit, beaucoup, et plus vite que la Wallonie.
Cette évolution n’est pas uniforme. Certaines communes ont pris de l’avance. Vresse‑sur‑Semois et Hastière affichaient déjà un indice de vieillissement important depuis – respectivement – 2010 et 2015, qui aujourd’hui est de 1,5 à 2 personnes de 65 ans et plus pour un jeune de moins de 20 ans. Neuf autres entités présentent également un nombre plus conséquent de seniors que de jeunes : Dinant, Couvin, Viroinval, Philippeville, Gedinne, Doische et Walcourt, mais aussi Namur et Profondeville. Dans ces territoires, plus question de perspective : c’est déjà une réalité.
Vers une déferlante des 80 ans et plus
À cela s’ajoute un phénomène social qui mérite attention : l’augmentation du nombre de personnes âgées vivant seules. En province de Namur, la part des ménages composés de personnes de 65 ans et plus vivant seules est passée de 12 % en 1995 à 15 % aujourd’hui. Dans certaines communes du sud, ce taux atteint entre 20 % et 25 %. Un senior sur quatre vit isolé. Une donnée qui, au‑delà des chiffres, dit beaucoup de la vulnérabilité potentielle de ces habitants.
Le vieillissement ne se limite pas à l’augmentation du nombre de seniors. Il concerne aussi l’âge des seniors eux‑mêmes. Aujourd’hui, la proportion des 80 ans et plus parmi les 65 ans et plus est de 25%, mais elle est appelée à croître rapidement. Dès 2030, les personnes nées dans les années 1950 entreront massivement dans le « quatrième âge ». Et les projections sont nettes : à l’horizon 2080, 45% des personnes âgées auront 80 ans ou plus. Une évolution qui aura des conséquences directes sur les besoins en soins et en accompagnement, avec une hausse des consultations, hospitalisation, soins de longue durée ou encore besoins de maisons de repos et d’aide à domicile.
Des services sous pression
Ces transformations se ressentent déjà dans le système de soins. Les personnes de 65 ans et plus représentent aujourd’hui près de 40 % des dépenses de santé en Belgique, alors qu’elles constituent environ 20 % de la population. La pénurie de médecins généralistes, déjà visible dans plusieurs communes namuroises, pourrait s’accentuer : dans dix entités de la province, la moitié des praticiens ont plus de 55 ans. Les associations de santé intégrées se développent, mais restent concentrées sur un nombre limité de communes.
La situation est tout aussi tendue dans les maisons de repos (MR) et maisons de repos et de soins (MRS). Le taux d’occupation moyen atteint 95 %, un niveau proche de la saturation. Sept communes n’ont d’ailleurs aucun établissement MR/MRS sur leur territoire. Leurs habitants doivent alors se tourner vers les entités voisines, ce qui accentue la pression sur des infrastructures déjà très sollicitées.
Vieillir à domicile, une volonté pour beaucoup
Les travaux ont été enrichis par une présentation des missions de l’équipe du gérontopôle de la Province de Namur. Le service encourage la participation active des seniors au travers notamment des conseils consultatifs communaux des aînés et soutient les projets concrets des communes. Il mène aussi un travail de recensement des initiatives locales pour lutter contre l’isolement des seniors.
Les services d’aide aux familles et aux aînés (Safa) ont rappelé leur rôle essentiel dans le maintien à domicile, un choix exprimé par une large majorité de personnes âgées. Grâce à l’engagement quotidien des aides familiales, aides-ménagères sociales et gardes à domicile, les aînés peuvent continuer à vivre dans un environnement familier, sécurisé et respectueux de leur autonomie. Ces professionnels jouent également un rôle déterminant dans la lutte contre l’isolement, dans la détection précoce des difficultés rencontrées par les bénéficiaires et dans le soutien apporté aux proches aidants. Avec plus de 1,1 million d’heures prestées en 2025 et près de 1 600 emplois générés localement, les Safa constituent par ailleurs un acteur socio-économique majeur au sein de la province de Namur.
Toutefois, les Safa font face à des défis croissants, notamment en matière de mobilité, qui compliquent l’organisation des interventions et qui fragilisent la continuité de l’accompagnement : manque de stationnement, durées limitées, amendes fréquentes ou encore difficultés pour accompagner les bénéficiaires vers leurs rendez-vous médicaux. Ils ont aussi défendu une simplification et une modernisation des mécanismes d’intervention financière des CPAS, afin de garantir la pérennité de leurs actions dans ce contexte de vieillissement marqué de la population.
Cette rencontre a permis d’établir un état des lieux clair et nourri de retours de terrain, avec une attention particulière portée à la réalité du vieillissement en milieu rural. La Province de Namur, les Safa et les autorités communales présentes y ont réaffirmé leur volonté de renforcer leurs collaborations afin d’assurer un vieillissement de qualité sur l’ensemble du territoire