La Province de Namur au cœur de la mobilité cyclable transfrontalière

Et si se déplacer en Ardenne devenait plus simple, plus sûr et plus durable ? C’est tout l’enjeu du  projet européen AITIMI – pour Ardenne ITInérance Mobilité Infrastructures –, auquel contribue activement la Province de Namur. Depuis juillet 2024, elle mobilise à la fois son savoir‑faire en matière de développement du réseau points‑nœuds et l’expertise de ses équipes en gestion de projets dans le cadre de cette coopération transfrontalière. Deux leviers complémentaires mis au service d’une mobilité cyclable plus cohérente et plus accessible à l’échelle de l’Ardenne.

Dans un territoire caractérisé par de longues distances, un relief marqué et une faible densité de population, développer une mobilité douce performante constitue un véritable défi. Dans la continuité du projet Interreg Ardenne Cyclo, AITIMI s’inscrit dans une dynamique de coopération transfrontalière visant à améliorer durablement les déplacements à vélo.

Le projet vise à renforcer la qualité, la sécurité et la continuité des infrastructures cyclables, tout en en facilitant l’usage, tant pour les déplacements du quotidien que pour les loisirs et le tourisme. Il s’adresse à un large public et contribue à l’attrait d’un territoire ardennais reconnu pour ses paysages et son patrimoine. Porté par vingt-quatre partenaires belges et français, il repose sur une collaboration étroite afin d’assurer une meilleure cohérence des aménagements à l’échelle de l’Ardenne, en améliorant l’accessibilité et l’attractivité des itinéraires au-delà des frontières administratives.

L’implication de la Province de Namur s’inscrit naturellement dans cette dynamique. Depuis plusieurs années, elle développe une expertise reconnue en matière de mobilité cyclable, à travers le déploiement du réseau à points-nœuds. Ce système de balisage structure aujourd’hui en profondeur l’offre cyclable provinciale. Il repose sur des boucles de plusieurs kilomètres reliant entre eux des carrefours numérotés et permet aux usagers de  composer librement des itinéraires. Grande souplesse d’usage, donc, tant pour les habitants d’une région que pour ses visiteurs.

Faire progresser le rÉseau

« Dans le cadre d’AITIMI, nous cherchons à améliorer encore le réseau points-nœuds », explique Grégory Robette, responsable du pôle Projets & Infrastructures du service Territoire & Supracommunalité de la Province de Namur. « À l’intérieur de nos frontières, mais aussi en  connexion avec les territoires voisins. Donc les  quatre autres provinces wallonnes – mais principalement le Hainaut, le Luxembourg et Liège – ainsi que la botte de Givet. La France est en train de construire une première ébauche de réseau points-nœuds et nous les accompagnons dans cette mise en place, qui est aussi importante pour eux que pour nous. Entre l’arrondissement de Philippeville à gauche et celui de Dinant à droite, il y a là au milieu un vide qui va pouvoir être comblé. Donc, on essaye de trouver des connexions transfrontalières et plus globalement, on continue de faire progresser le réseau. La manne Interreg nous permet d’avoir des moyens pour le faire. »

L’équipe provinciale intervient concrètement à plusieurs niveaux. Elle est ainsi impliquée en tant qu’auteur de projet d’aménagements de voiries visant la sécurisation et l’amélioration de tronçons identifiés comme problématiques sur trois itinéraires existants. Concrètement, elle étudie les projets, établit les cahiers des charges et suivra les travaux exécutés par les entreprises qui seront désignées. « On veille à ce que tout soit fait dans les règles de l’art », indique simplement Grégory Robette. 

À Gedinne, sur la section de Louette‑Saint‑Denis, les travaux portent sur l’amélioration du revêtement de la véloroute Lesse et Semois. Le remplacement d’un empierrement par une surface plus roulante permettra d’améliorer sensiblement le confort et la praticabilité sur ce tronçon forestier, tout en assurant une continuité de qualité avec les sections déjà aménagées lors du projet précédent. 

À Bièvre, la création d’une liaison cyclable vers la gare de Graide répond à une problématique très concrète de sécurité. Jusqu’ici, en effet, les cyclistes doivent emprunter une voirie limitée à 90 km/h. La nouvelle connexion, longue d’environ 1,2 kilomètre et aménagée le long de la voie ferrée, offrira une alternative sécurisée et reliera directement le village à la gare. Elle facilitera ainsi l’intermodalité entre le vélo et le train, une solution particulièrement pertinente dans un contexte rural. 

Entre Vresse‑sur‑Semois et Bouillon, le projet prévoit la création d’une nouvelle liaison cyclable d’environ 9 kilomètres, destinée à relier deux itinéraires régionaux structurants, le W5 (qui relie Hoegaarden et Givet) et le W7 (qui va de Visé à Bouillon). Sur près de deux kilomètres, le tracé est aujourd’hui impraticable. Un aménagement spécifique est donc prévu, notamment à travers des zones forestières, afin d’assurer la continuité de l’itinéraire. Cette intervention vient combler un maillon manquant et renforcer la lisibilité globale du réseau.

Pour un véritable espace cyclable transfrontalier

Parallèlement, la Province intervient dans le développement transfrontalier du réseau à points-nœuds, un aspect particulièrement innovant du projet. L’objectif est de renforcer et d’étendre ce maillage au-delà des frontières, notamment vers les Ardennes françaises, où cette approche est encore peu développée. Ce travail passe à la fois par la densification du réseau sur le territoire provincial et par la création de connexions avec les régions voisines, afin de constituer un ensemble cohérent et continu.

Son extension progressive doit permettre la création de plusieurs centaines de kilomètres d’itinéraires cohérents et interconnectés. Dans le cadre d’AITIMI, un accompagnement technique est apporté aux partenaires français pour leur permettre de s’approprier le modèle et de déployer leur propre réseau. « Cela leur permet de ne pas partir de zéro, comme lorsque nous avons commencé », dit encore Grégory Robette. « C’est un véritable partage d’expérience. On leur fournit des informations, des bases pratiques, des méthodes éprouvées. On met à leur disposition certains de nos outils aussi. Et on suit les projets. Nous avons tout prochainement une réunion portant sur la botte de Givet avec la communauté de communes Ardennes rive de Meuse – toute la pointe nord – en vue de confirmer les tracés et discuter comment on va opérationnaliser la mise en œuvre. Et il n’est pas impossible que certaines tâches nous soient imparties. Tout n’a pas encore été tranché. » 

Cette démarche ouvre la voie  à un véritable espace cyclable transfrontalier plus lisible et continu, offrant de nouvelles perspectives tant pour les déplacements quotidiens que pour le tourisme à vélo. Une belle illustration de coopération, en tout cas.